SCENE III (iLALCUS, SYLLA, P.VLÉMON, CÉLIE, MÉLISSE
GLAUCUS
Qu'avez-vous résolu, madame?
Dois-je toujours languir, et languir sans espoir?
SYLLA
Je vous l'ai déjà dit, j'estime votre flamme, [Ame, Prince, et vos vœux offerts auraient touché mon Si sur moi Mélicerte eût eu moins de pouvoir.
GLAUCUS
Doit-il le conserver, ce pouvoir qui me tue. Quand il aime assez peu pour vous abandonner?
Sa fuite est-elle à pardonner?
Il vous quitte, il renonce au bien de votre vue.
Et vous voulez vous obstiner A lui garder la foi qu'il a reçue.
SYLLA
Qu'il en soit digne ou non, tout est égal pour vous, Je dois toujours l'aimer, s'il m'est toujours fidèle; Et si de son départ la cause est criminelle. Tous les hommes par lui méritent le courroux. Où pour venger ma gloire un juste orgueil m'ap- Et je leur dois jurer à tous, [pelle,
Pour le crime d'un seul, une haine éternelle.
GLAUCUS
Quoi! regarder ce crime ainsi qu'un attentat Que partagent tous ceux qu'un beau feu vous atti-. SYLLA. [re?
De l'amour une fois on peut suivre l'empire.
Au péril de faire un ingrat; Mais, dès qu'on est trompé, l'épreuve doit suffire;
Et pour peu qu'elle ait fait d'éclat.
Qui de nouveau peut croire un amant qui soupire. N'a pas sur la fierté le cœur bien délicat.
GLAUCUS
Rigoureuse maxime! A quoi me réduit-elle. Si rien ne vous la fait changer?
SYLLA
Je n'aime pas l'esprit léger; Et si j'aime un infidèle.
Jamais passion nouvelle N'aura de quoi m'engager.
GLAUCUS
Ah ! si vous connaissiez jusqu'oii pour vous la inicn- Pousse les transports de mon ccôur ! [ne
SYLLA
Je les crois pleins de la plus vive ardeur; Mais que voulez-vous qu'elle obtienne, Lorsqu'un dieu même éprouve ma rigueur?
Je viens de quitter Galalée, Qui m'a peint de Glaucus le violent amour.
Je ne l'ai (lu'à peine écoutée; Tout cède à Mélicerte, et j'attends son retour.
GLAUCUS
Il est juste qu'un dieu sur un mortel l'emporte; Et si Glaucus brûle pour vous.
Ce choix à votre gloire importe.
CmCÉ, ACTE I, SCENE IV.
Je le verrai saus en être jaloux.
Au moins oc me sera quelque chose de doux, Que mon malheur au plus haut rang vous porte, Et ma douleur sera moins forte Par l'avautage de l'époux.
SYLLA
Prince, l'ambition ne règle point ma flamme;
Et si j'avais encore à choisir un amant.
Je ne m'attacherais qu'au seul empressement,
Lui seul pourrait tout sur mon àme.
Ainsi, tout dieu qu'il est, si Glaucus écouté De mon cœur se rendait le maître, Ce serait moins par sa divinité Que par l'amour qu'il me ferait paraître.
Quoi, d'un dieu pour époux faire si peu de cas, Qu'un mortel lui soit préférable?
SYLLA
C'est à force d'aimer que l'on se rend aimable; Et je ne me figure pas Que d'un amour solide et stable Un dieu chérisse assez l'appas, Pour en être longtemps capable.
GLAUCUS
C'est mal juger des dieux, qu'avoir ce sentiment.
SVLLA.
Leur flamme est sitôt amortie.
Qu'on les peut croire tous portés au changement. . Le Soleil n'a-t-il pas abandonné Clitie, Lui qui semblait l'aimer si tendrement?
Croyez-moi, leuramourn'approche point du nôtre. Si c'est gloire qu'un dieu(|uaud on l'a pour époux, Il en faut essuyer mille chagrins jaloux ; Et Jupiter lui-même, à le dire entre nous, N'est pas meilleur mari qu'un autre.
GLAUCUS
Mais par son peud'amourquelsennuisaujourd'hui Ne vous cause pas Mélicerte?
SYLLA
Il est vrai, je soupire, et ce n'est que par lui
Qu'aux soupirs mon àme est ouverte.
Il s'est éloigné sans me voir, Sans m'apprendre en quel lieu son mauvais sort A le faire chercher mon soin est inutile, [l'exile; Je demande, m'informe, et n'en puis rien savoir.
Son incertaine destinée A mon esprit flottant cause mille embarras; Il peut être infidèle, il peut ne l'être pas , Mais enfin je puis voir ma peine terminée.
Et sortir de ce mauvais pas.
Il est un sûr moyen d'éclaircir le mystère
De son départ précipité.
GLAUCUS
Employez-le, madame, et faites vanité D'étaler à mes yeux ce qui me désespère.
Pour moi qui vois que de vous plaire Tout espoir désormais à ma flamme est été.
Je ne serai plus arrêté
Par un respect qui m'est contraire.
Je vais devenir téméraire ; Et pour réduire enfin votre ingrate fierté, 11 n'est rien que je n'ose faire.
SYLLA
C'est pour l'amour un assez doux appas, Que chercher à se faire craindre.
GLAUCUS
Si le mien va trop loin ne m'en accusez pas, C'est VOUS qui le voulez contraindre A recourir aux attentats.
Pour forcer vos désirs, je vais mettre en usage
Ce qu'en vain...
SYLLA
Adieu, prince, il faut me retirer, Pour ne rien ou'i'r davantage. Je vois que votre amour commence à s'égarer, Et vous estime assez pour vouloir ignorer L'indiscrète chaleur oii son transport l'engage.
GLAUCUS
Madame, encore un mot.
SYLLA
Je n'écoute plus rien.
GLAUCUS
Je vous suivrai partout, et malgré vous, sans cesse, Je me plaindrai de l'ennui qui me presse.