CIRCÉ, ACTE II, SCÈNE V
Et ne pas s'allranchir, par un choix agréable,
De la ridicule vertu D'aimer ce que le cœur ne trouve plus aimable? D'abord pour Mélicerte, il faut le confesser, Tout mon plaisir était de le voir s'empresser A me venir expliquer sa tendresse.
Ses soins ne pouvaient me lasser.
Je sens qu'enfin ce plaisir cesse.
C'est assez pour permettre à l'amour de cesser.
DORINE
Ainsi se piquer de constance, N'est pas une vertu propre à nos jeunes ans?
ClRCÉ.
Sans te dire ce que je pense
De ces feux tendres et constants,
Dont tu veux prendre la défense.
Je m'en tiens à l'expérience.
Tout plaisir ne l'est plus, s'il dure trop longtemps, L'habitude d'aimer porte à l'indilTérence; Et si jamais deux cœurs en amour sont contents,
C'est seulement lorsqu'il commence.
DORINE
Si l'amour en naissant charme tous nos désirs.
Il est malaisé... Mais, madame, Mélicerte...
CIRCÉ
Il lui va coûter quelques soupirs.
S'il vient me parier de sa flamme.