‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 1178 sur 1518 · SCENE V CIRCÉ, MÉLICERTE, DORLNE · texte numérisé non relu

SCENE V CIRCÉ, MÉLICERTE, DORLNE

MÉLICERTE

Enfin vous voilà de retour, [même.

Vous, ma princesse, en qui je vis plus qu'en moi- Je vous avais perdue. Hélas, qu'un demi-jour

A passer sans voir ce qu'on aime.

Est un dur supplice à l'amour!

Depuis que vous êtes rentrée, En vain j'ai fait deux fois le tour de ce palais, Toujours votre retraite a trompé mes souhaits,

A'ous ne vous êtes point montrée.

Consolez-m'en, de grâce; et puisque tousmes soins

Regardent celui de vous plaire...

CIRCÉ

J'avais cherché ce lieu pour rêver sans témoins. Laissez-m'en la douceur, elle m'est nécessaire Contre certains chagrins que j'attendais le moins.

MÉLICERTE

De cet accueil que faut-il que j'augure? L'orage est prêt à s'élever; De la foudre déjà j'entends le sourd murmure. Madame...

CIRCÉ

Je ne sais ce qui peut arriver; Mais qui n'a jusqu'ici demandé qu'à rêver, Ne vous a pas fait grande injure.

.MELICERTE.

Me le demandiez-vous, quand vos désirs contents Renfermaient voire joie au plaisir de m'cntendre? Plus je cherchais à vous faire comprendre Jus(|u'où...

CIRCÉ

Chaque chose a son temps; Puisque vous l'ignorez, je veux bien vous l'apprcn- MÉLicERTE. [dre.

Ainsi je ne suis plus ce trop heureux amant, Dont l'amour semblait seul être digue du vôtre; Vous allez oublier son tendre emportement, Et ce qu'il eut pour vous de flatteur, de charmant, Vous le sentirez pour un autre.

ClRCE.

L'amant qui veut empêcher Un changement qui l'irrile.

S'y prend mal de reprocher Que pour un autre on le quitte.

Sans se montrer alarmé De la peur qu'on ne préfère Un rival plus estimé, Qu'il trouve toujours à plaire.

Il sera toujours aimé.

MÉLICERTE

Je suis pour vous toujours le même, Toujours la même ardeur vous répond de ma foi ;

Mais que peut cet amour extrême, A moins que votre cœur ne soit toujours pour moi?

CIBCÉ.

S'il est vrai que malgré l'outrage

(^ue recevront vos feux jaloux, L'intérêt de mon cœur à vous quitter m'engage; S'agissant de me faire un sort heureux et doux,

A qui de mon cœur, ou de vous,

Dois-je déférer davantage?

MÉLICERTE

Ah ! Puisque vous étiez capable de changer. Pourquoi m'avoir tiré de mes premières chaînes?

Le poids m'en paraissait léger; Et ravi que l'amour m'en eût voulu charger. J'ignorais qu'en aimant il put être des peines. M'enlevant en ces lieux, vous m'avez malgré moi

Fait à Sylla manquer de foi...

CIRCE

Vous lui pouviez être fidèle, Mais c'est un feu facile à rallumer.

MÉLICERTE

Que je cesse de vous aimer!

Ah, plutôt...

CIRCÉ

Xon, suivez l'amour qui vous appelle; Sj'lla vaut ce retour, elle est jeune, elle est belle, Sait mieux que moi l'art de charmer, Et je ne suis rien auprès d'elle.

MÉLICERTE

Faites donc que les dieux affaiblissent ces traits Qui nous ofl'rent en vous leur plus brillante image. Rien n'est capable ailleurs d'attirer mes souhaits;

ClUCli, ACTE II, SCÈNE VII.

Et comme rin nouveau cliai'nie à (|ui tout iloit liom- Scmblo aujourd'hui du vos attraits (mage, Avcc(|uc plus de lorce étaler l'avaulagc, J'ai pour vous plus d'amour que je u'cu eus jamais

(;iHi;i:.

C'est trop; en attendant des réponses plus claires, Songez qu'aux importuns je sais ce que je doi, Et que mes volontés étant ma seule loi, Ce n'est pas le moyen d'avancer ses all'aires. Que de s'obstiner avec moi.

MÉLICKIITK.

Madame...

cincK.

Allez, et craignez ma vengeance, Si vous osez mériter mon courroux.

MKI,rCERTE.

Ciel, à quoi me réduisez-vous?

S'il faut aimer sans espérance De recevoir jamais un traitement plus doux?

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