SCENE II PALÊMÛN, .\STÉRIE
ASTÉRIE
Approche. Que fait-on? Que dit-on?
PALÉMON
Sur mon maître On a quelques prétentions Qui se font un peu trop connaître.
ASTKRIE.
Quelqu'amour que Sylla dans son cœurail fait naî- S'il est sujet aux belles passions, [ire.
Peut-être que Circé...
PALÉMO.V.
N'y mets point de peut-être, Que Circé pour changer son cœur.
Fasse dans sa colère agir charmes sur charmes, Ce seront d'impuissantes armes; Un autre objet s'en est rendu vainqueur. Et son pouvoir lui cause peu d'alarmes. Ce n'est pas qu'il ne fût à souhaiter pour moi Que Circé le touchât de même qu'il la touche, Pour ta beauté je sens je ne sais quoi ; Et si tu n'étais point farouche. Je m'apprivoiserais aisément avec toi.
ASTÉRIE
Franchement, je ne sais quelle étoile est la nôtre ;
Si je te plais, tu ne me déplais pas; Et dans ce que pour moi ce penchant a d'appas. Nous nous trouverions nés au besoiurunpourl'au- Le prince songe-t-il sitôt à nous quitter, [tre; Qu'en vain nous prétendions établirconnaissance?
PALÉMOX.
Sans Sylla qu'il attend, je pense Qu'ici l'on aurait beau le vouloir arrêter. Comme il sait qu'elle vient, il se fait une joie De pouvoir lui montrer qu'il dédaigne Circé.
Souvent pour voir son feu récompensé, Un pareil sacrifice est une sûre voie.
ASTÉRIE
J'ai peur qu'il ne s'en trouve mal.
Circé n'est pas d'humeur à souffrir qu'on l'outrage ; Il n'en faut pour témoin que ce pauvre animal,
Dont, si pour moi l'amour t'engage.
Tu vas devenir le rival.
(On voit paraître un singe.) PALÉMOX.
Moi,lerivald'unsinge?.\h!Croisque...
ASTÉRIE
Sans colère.
C'est seulement depuis un mois.
Que d'homme il est ce que tu vois, Pour son malheur je lui fus chère, (^ircé l'aimait, il lui cacha son choix, Et feignant il sut si bien faire, Qu'il semblait vivre sous ses lois, Tandis que tous ses vœux n'aspiraient qu'à me C'était le plus badin amant [plaire.
CmCÉ, ACTE III, SCÈNE IV.
Qui jamais ait é\r capalile de l(!ndrcsse.
Il me parlait des yeux sans cosse,
S'il ne le pouvait autrement;
Mais culiu mallicureusemeiit De ses soins alVecIcs Circé connut l'adresse ;
El le fit singe en un moment.
Môme deslinée à deux pages Qu'au palais parmi nous il avait amenés. Les voici. Tous les trois par mille badinages,
Semblent so tenir fortunés De venir, chaque jour, me rendre leurs bommages. La souplesse des sauts dont pour me divertir
Ensemble ils ont pris l'babitude,
Fait leur plus agréable étude.
Voilà comme l'amour ne se peut démentir.
PALÉMON
La récompense est fort honnête.
Lorsque de quelque amant ton cœur se trouve Ou le métamorphose en bête. [épris,
ASTÉRIE
Tu ne le voudrais pas acquérir à ce prix?
PAI.ÉMON.
Je me louerais du sortilège, Pourvu qu'en épagneul je pusse être changé;
Du moins par là j'aurais le privilège De me voir jour et nuit entre tes bras logé.
Flatteur pour toi, pour toute autre farouche. Sans cesse je tiendrais mes patles sur ta peau.
Et j'aboierais d'un ton nouveau.
Lorsque tu frotterais ta bouche
Avecque mon petit museau.
ASTÉRIE
Nous songerons à la métamorphose.
Cependant je veux bien te faire partager Le plaisirqu'en sautant mon singeamantme cause.
Allons, mon singe, il faut être léger; S'il est vrai que de vous ma volonté dispose.
(Les trois singes font ici quelques sauts.) PALÉMON.
Rien ne peut être égal à son agilité.
Mais lorsqu'il s'agit de te plaire.
Quoi qu'on veuille entreprendre, autant d'exécuté. Si jamais de ton cœur je suis dépositaire... Abl Monsieur le magot, vous êtes en colère.
ASTÉRIE
Pour peu quel 'on m'approche, il s'en montre irrité. Pour lui seul il'veut mes caresses, Vois-tu comme il baise ma main?
Mais il est temps que tu me laisses ; Circé vient, le reste à demain.