‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 1196 sur 1518 · CIRGE, ACTE III, SCENE VII · texte numérisé non relu

CIRGE, ACTE III, SCENE VII

r.i.AUcus.

Pouvez-voiis nommer crime un amour où toujours

Mon cœur amis toute sa gloire?

Et pour vous avoir voulu croire

Sur cet infaillible secours Qui devait à ma flamme assurer la victoire,

Ai-jedù mériter de vous Les transports oii me jette un aveugle courroux? Voyez Sylla, madame, et la voyez pourvue De tout ce qui jamais fut en droit de charmer.

Je l'aimais quand je vous ai vue, Est-il en mon pouvoir de ne la plus aimer? J'en ai trop cru l'inutile promesse

Qui m'a fait vous suivre en ces lieux. Votre art devait forcer l'obstacle injurieux Que sa rigueur oppose à ma tendresse, Il me devait rendre aimable à ses yeux ;

Peut-être un changement semblable Aurait à voire gloire ajouté quelque éclat. Vous pouvez tout encor, mon cœur n'est point in- Et vous savez de quoi je suis capable [grat,

Pour rompre un injuste attentat.

' Songez-y de grâce.

SYLLA

Ah! Madame,

Vous laissez-vous séduire contre moi?

Et pour favoriser sa flamme,

Me forçant à manquer de foi Voulez-vous au parjure abandonner mon âme?

CIRCÉ

Non, n'appréhendez rien ; si de votre rigueur Je me suis engagée à lui faire justice. Je ne l'ai prétendu que par le sacrifice

Que je lui faisais de mon cœur.

Il l'ose refuser, je le vois avec honte. Quand je le cacherais, ma rougeur vous le dit ;

Et si mou amour interdit Ne souffre pas ma vengeance aussi prompte Que la demande un violent dépit, Elle en est plus à craindre, et peut-être il suffit Qu'en pouvoir l'univers n'a rien qui me surmonte.

SYLLA

Prince, je ne vaux pas les malheurs que je crains, Voyez-en le péril et rentrez en vous-même, Oubliez qui vous fuit, pour aimer qui vous aime, Et faites-vous eufin raison dénies dédains. Un seul mot peut calmer l'orage qui s'apprête.

GLAUGUS.

Moi, qu'aux dépens d'un feu qui s'augmente tou- Je cherche à garantir ma tête [jours.

Du fier éclat de la tempête Qui vous fait trembler pour mes jours?

Qu'elle gronde à loisir, bien loin que je m'en plaigue J'aimerai d'autant plus à me trouver surpris

Des malheurs qu'on veut que j'en craigne. Que pour tout autre objet n'ayant que du mépris, L'amour que j'ai pour vous semble augmenter de Par les périls que je dédaigne. [prix.

Ce tendre emportement ue peut-il mériter

Que pour moi la pitié vous touche?

N'adoucira-l-il point cette rigueur farouche? Et quand un peu d'espoir commence à me flatter,

Ne sauriez-vous ouvrir la bouche.

Que ce ne soit pour me l'ôter?

CIRCÉ

Joindre sans cesse outrage sur outrage ;

Tombe la foudre sur ces lieux,

Et puisse par un prompt ravage, La flamme dévorant ce palais à ses yeux. Lui faire enmémetempscraindrcet sentirmarage.

SYI.LA.

Ah ! Prince, redoutez ce que peut sou courroux.

Et voyez mieux ce que vous faites.

Ne l'entendez-vous pas dans son transport jaloux Presser les éléments...

CLAUCUS.

Non, madame, où vous êtes, Je ne vois, je n'entends que vous ; C'est l'effet de votre présence.

ClRCÉ.

Quoi, la terre, le ciel, tout est sourd à mes cris; Et voyant à toute heure avorter ma vengeance,

L'ingrat par de plus fiers mépris.

Triomphe démon impuissance?

Que me sert que du sang des dieux Avec éclat le destin m'ait fait naître. S'il me faut endurer qu'un lâche audacieux Confonde, en me bravant, la gloire de mon être? Mais de noires vapeurs obscurcissent les cieux, L'air se trouble, et pour moi ce sont d'heureuxprésa- Soutenez mon espoir, dieux, qui le connaissez, [ges.

(On voit paraître en l'air plusieurs nuages, qui s'éUnt ramassés pour enfermer Gircé et SN'lla, leur donnent lien à l'une et l'autre de se dérober aux j'eux de Glaucus. Ensuite le nuage s'ouvre et se dissipe des deux côtés du théâtre.)

GLAUCUS

Qu'espérez-vous de ces nuages

Dans l'air par le vent dispersés ? Ce sont pour vous de faibles avantages, Mais tout à coup je les vois ramassés.

Ils renferment Sylla. Madame, Des charmes de Circé n'ayez aucun effroi.

Son art ne tient point contre moi; Accordez seulement quoique espoir à ma flamme, Et je dissiperai... Mais qu'est-ce que je voi?

Le nuage s'ouvre, il s'envole.

Et Sylla, ni Circé... Quel pouvoir absolu

Rend le mien contre elle frivole?

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