‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 1199 sur 1518 · SCENE I PALÉMON, ASTÉRIE · texte numérisé non relu

SCENE I PALÉMON, ASTÉRIE

ASTÉRIE

Te rencontrer ici'? Ma surprise est extrême; Que ciierches-tu daus ces lieux écartés '?

PALKMO.V.

L'amour tient-il eu place '? Il va de tous côtés. Je suis pour tes beaux yeux ceque tu sais, je t'aime ; Et dans l'heur de te voir, ces bois inhabités,

Pour peu que tu fusses de même,

Auraient pour moi mille beautés.

Mais toi, quel est le sujet qui t'attire

Dans cet abandonné séjour'?

Je cherche Mélicerte, à qui sur son amour J'ai pour Circé deux mots à dire.

Du palais, mais en vain, j'ai l'ait déjà le tour; Et comme un amant qui soupire Assez souvent fuit le grand jour.

J'ai cru pour conter son marlyi'e.

Qu'il serait à ce bois venu faire sa cour.

PALÉMON

Circé vient d'attraper mon maître,

A Sylla devant elle il peignait son tourment.

Quand à nos yeux, en un moment,

L'une et l'autre ont su disparaître.

ASTÉRIE

Qu'il y songe, à la fin lui-même y sera pris; Il est jeune, bien fait, et ce serait dommage. Que faute de vouloir déguiser le mépris

Où Sylla pour Circé l'engage.

Il se laissât changer en quelque vieux loup gris, Dont peut-être il jouera bientôt le personnage.

PALÉMON

Que veux-tu"? C'est un éventé

Qui ne croit jamais que sa tête.

Pour retrouver Sylla dont il est la conquête, En cent lieux différents j'ai déjcà fureté; Et tandis qu'en ce bois j'en viens faire l'enquête,

Il la cherche de son côté.

Ne me diras-tu point où Circé l'a cachée"?

Mon âge incompatible avecque le secret, Du conseil de Circé m'a toujours retranchée; Je parais étourdie, et puis l'être en effet. C'est un malheur pour moi, mais j'aurais grand Si la discrétion aux ans est atlachée, [regret.

D'avoir l'esprit moins indiscret.

PALEMOX.

Fort bien, quoique les ans donnent de la sagesse, Tu n'as point liàte de vieillir.

ASTÉRIE

L'automne est douce à qui s'empresse D'avoir des fruits mûrs à cueillir; Mais quoiqu'exposée à faillir.

Je liens toujours pour la jeunesse.

PALÉMON'

C'est bien fait, le printemps est la belle saison; Tu peux faire du tien un agréable usage.

ASTÉRIE

Du moins quand je m'échappe à quelque badinage Qui semble s'écarter un peu de la raison,

Je dis qu'un jour je serai sage; Et j'aime assez à chanter sur ce ton.

Ah! Combien il en est dont les désirs partagent

L'état riant où je me voi,

Qui sans en rien dire envisagent

Comme un sujet mortel d'effroi.

L'incommode sagesse où les ans les engagent.

Et qui de tout leur cœur enragent De n'oser être aussi folles que moi!

Sur l'avenir je me trompe peut-être; Mais enfin je prétends, lorsque j'en serai là. Pour fuir leur ridicule, assez bien me connaître...

Mais, adieu, va chercher Sylla,

Je vois Mélicerte paraître.

PALÉMON

Que ton humeur me plaît!

ASTÉRIE

De grâce, éloigne-toi, Il faut que je lui parle, et Circé me l'ordonne.

PALÉMON

Je te quitte à regret, friponne ; Si tu n'as rien à faire autre chose, aime-moi.

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