SCÈNE II MÉLICERTE, ASTÉRIE
ASTÉRIE
A vous trouver j'ai bien eu de la peine. Depuis longtemps je vous cherche partout.
MÉLICERTE
Confus, triste, inquiet, je sens que tout me gène:
Et, sans savoir ce que mon cœur résout, J'entretiens dans ce bois le chagrin qui m'y mène.
Mais enfin que m'apprendrez-vous?
Parlez, belle Astérie, et, s'il vous est possible,
Soulagez un amant jaloux.
La jalousie est un mal bien terrible; Mais n'importe, le ciel vous voit d'un œil plusdoux, Et Circé n'est pas insensible.
MÉLICERTE
Quoi, Circé me rendrait son cœur"?
D'un si prompt repentir Circé serait capable, Et cette farouche riffueur
CUîCi:, ACTE IV, SCÈNE III.
Qui la rendait inexorable, Aurait lait [ilaci' à la douceur?
Je l'avais bieu prévu, qu'en lui faisant comprcudre Le dur excès de mes ennuis, Vous la forceriez à se rendre.
ASTÉRIE
Toute badine que je suis,
J'ai le cœur tourné sur le tendre,
Et pour les malheureux je fais ce que je puis.
■Voyez-vous cet anneau queCircé vous envoie?
MÉLIC.KHTE.
Que ne dois-je point à vos soins?
Donnez, de grâce, et de ma joie Allons chercher mille témoins.
ASTiiniE.
Voilà comme souvent l'amour pour nous s'emploie, Lorsque nous l'espérons le moins.
MÉLICERTE, ayant l'anneau.
11 est vrai. Qui l'eiit cru, que pour finir ma peine,
L'amour dût amener Sylla dans ce palais?
Mais n'eu crois-je poi nt trop mes amoureux souhaits,
El la nouvelle est-elle bien certaine?
L'a-t-on vue arriver? Est-elle avec Circé?
Et de sa part cherchez-vous Mélicerte?
ASTÉRIE
Le portrait do Sylla n'est donc pas effacé?
MÉLICERTE
Non, toujours son image k mes yeux s'est offerte.
Que de temps à pleurer sa perte
S'est inutilement passé?
Sait-elle qu'en ce lieu l'amour m'a fait l'attendre? Qu'on m'avait assuré qu'elle s'y ferait voir?
ASTÉRIE
C'est ce que par vous-même elle pourra savoir; Mais, Circé, vous l'aimiez? Une amitié si tendre Déjà sur vous est-elle sans pouvoir?
MÉLICERTE
Moi, qui chéris Sylla d'une ardeur empressée Qu'à peine égalerait le plus parfait amant, J'aurais pris pour Circé le moindre attachement?
Du seul soupçon ma gloire est offensée, Par où le mérité-je, et sur quel fondement
M'imputez-vous un changement
Dont je n'eus jamais la pensée?
J'avais pris pour amour certains soins complai-
Qu'à Circé je vous ai vu rendre; [sauts
On s'attache aux objets présents; [dre,
El pour peu que l'absence aide à se laisser pren-
Les hommes la plupart sont d'une foi si tendre,
Qu'il ne faut qu'un belœil,etquelques jeunesans,
Pour les réduii'C à ne se point défendre.
MÉI.ICERTE.
Non, si j'ai vu Circé, j'ai voulu seulement Apprendre d'elle où Sylla pouvait être.
Dans ces lieux, à toute heure, elle devait paraître; Et j'attendais toujours ce bienheureux moment. Enfin il est venu; mais suis-je encor moi-même? Elle est dans le palais, et je m'arrête ici?