SCÈNE IV CIRCÉ, SYLLA, FLORISE, ASTÉRIE
CIRCÉ
Votre amour en ce lieu n'a rien à redouter, Nymphe, et puisque pour vous je veux tout entre- Aimez sans vous inquiéter. [prendre,
SYLLA
J'aurais tort de garder encor quelques alarmes,
Après ce que je viens de voir.
Si l'air en nous cachant cède à votre pouvoir,
Quel sera celui de vos charmes
Pour confondre un injuste espoir?
D'abord, je l'avouerai, quand le prince de Thrace
S'offrant tout à coup à mes yeux, M'a fait voir qu'il m'avait prévenue en ces lieux, J'ai craint que votre appui redoublant son audace Ne rendit de ma foi son feu victorieux; Mais puisqu'à Mélicerte il vous plait faire grâce. Sûre de mon bonheur, je n'ai plus à souffrir
Que par la juste impatience De voir finir une trop dure absence.
CIRCÉ
Si vous souffrez par là, je puis vous secourir.
Mon intérêt est joint au vôtre.
Je vous l'ai fait connaître; ainsi Du succès de vos feux n'ayez aucun souci,
Je m'en charge. Allez l'une et l'autre,
Amenez Mélicerte ici.
(Florise et Astérie sortent.) SYLLA.
Vous m'allez rendre ce que j'aime?
Madame, pardonnez si je ne vous dis rien. Quoi que pense l'amour quand la joie est extrême.
Jamais il ne s'explique bien.
Si vous savez aimer, jugez-en par vous-même.
CIRCÉ
Puisque l'amour vous rend Mélicerte si cher.
Pour voir de vos desseins le succès plus facile. Il faut à son rival quelque temps vous cacher;
Et de ses soins à vous chercher .
Rendre dans un lieu sur l'entreprise inutile.
Si l'obscur séjour de ce bois N'a rien pour vous de trop mélancolique, D'un seul mot j'y puis l'aire un palais magnifique, Où les plaisirs naîtront à votre choix.
C'est là que le prince de Thrace
Ne vous découvrira jamais, Et que dans votre cœur le trouble fera place
Aux charmes d'une douce paix.
Tandis que l'heureux Mélicerte
Dans Thèbes ira préparer Les honneurs que l'hymen vous y doit assurer,
Dans cette demeure déserte Vous serez à couvert du désespoir jaloux. Qu'un amant dédaigné peut suivre contre vous.
SYLLA
Ma flamme en ce conseil trouve trop d'avantage
Pour ne s'en pas faire une loi.
Mélicerte a reçu ma foi ; Et, pour fuir son rival, il n'est lieu si sauvage
Qui n'ait mille charmes pour moi, Mais qu'entends-je?
(On voit paraître un Fauoe avec une Dryade qui sort en chantant, et qui veut se retirer quand elle aperçoit Circé.)
CIRCÉ, o la Dryade.
D'oii vient qu'en nous voyant paraître Vous détournez vos pas, et cessez de chanter? Continuez, de grâce, il est doux d'écouter. Quand on sait, comme moi, quel plaisir en peut
[naître.
(A SjUa,)
Ce sont Nymphes et demi-dieux.
Qui dans ce bois font leur demeure, Et qui de leurs concerts les plus mélodieux Vous viendront à lenvi divertir à toute heure.