‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 1206 sur 1518 · SCENE V CIRCÉ, SYLLA, DORINE · texte numérisé non relu

SCENE V CIRCÉ, SYLLA, DORINE

Ah, madame!

CIRCE

Dorine.

DORINE

A quel ardent courroux Vous va porter ce qui se passe 1 il n'est que trop certain. Vénus prend contre vous

Le parti du prince de Thrace.

En vain vous avez cru pouvoir l'assujettir. Inquiet pour Sylla qu'il a longtemps cherchée, Il proférait son nom, le taisait retentir. Quand deux Amours sout venus l'avertir, Que dans ce bois vous la teniez cachée. L'un d'eux prend soin de l'amener, Vous l'allez voir ici paraître; Et dans l'appui qu'il a peut-être.

Votre art de son pouvoir, quoi qu'il veuille ordou- Aura peine à se rendre maître. [ner,

SYLLA

Madame, au nom des dieux, ne m'abandonnez pas, Vous pouvez tout pour moi dans un destin si rude.

CIRCÉ

Le remède à ce mal veut de la promptitude, Kl votre seule fuite en d'éloignés climats

Peut calmer votre inquiétude.

Thèbes où Mélicerte est aussi craint qu'aimé, Par son hymen vous doit avoir pour reine. Par les routes de l'air souffrez qu'on vous y mène, Il vous suivra de près, et de son cœur charmé La conquête par là vous deviendra certaine.

SYLLA

Je m'abandonne à vous.

CIRCE

Paraissez devant moi, Esprits qui m'écoutez.

SYLLA

Ah, ciel! Madame?

CIRGÉ.

Quoi, Vous fuyez à les voir? Que rien ne vous étonne.

Je réponds de votre personne.

Vous pouvez les souffrir sans en prendre d'effroi. Partez, et pour Sylla faites ce que j'ordonne.

(Quatre esprits viennent enlever .Sylla ; et quand elle est au milieu de l'air, quatre .\m0ur3 se détachent du haut du cintre, et après avoir comhattu quelque temps les esprits, ils l'arrachent de leurs mains, et l'emportent dans le palais de Vénus.)

J'ai l'avantage au moins... Mais qu'est-ce que je

[voi?

Dorine, les Amours à mes projets s'opposent.

DORINE

L'obstacle me surprend, qui l'aurait pu prévoir?

Quoi de mes charmes ils disposent, Et l'on entreprendra d'en borner le pouvoir? Animez-vous, esprits, qui toujours invincibles. M'avez fait triompher en cent divers combats. Forcez vos ennemis, et ne vous rendez pas; A ma gloire contre eux seriez-vous insensibles? Mais quoi? Vous reculez? Vous cédez Sylla? Dieux! C'en est fait, les Amours l'enlèvent à mes yeux. Tu l'emportes, Vénus, et je me vois réduite Au plus mortel ennui qui pouvait m'acrabler; Mais le lâche pour qui l'amour m'a trop séduite, Verra peut-être par la suite Que qui m'outrage a sujet do trembler.

Plus pour lui de tendresse; il faut quepourmagioi- L'horreur de son destin réponde à ma fierté, [re

DORtNE.

Armez-vous pour sa perte, il l'a trop mérité ;

Mais, madame, j'ai peine à croire, Après l'heureux succès de sa témérité.

Que sur lui votre haine emporte la victoire.

CIRCÉ

Je serais forcée à céder.

Moi, qui puis arrêtant les fleuves dans leur course , Les l'aire, d'un seul mot, remonter vers leur source?

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