GIRCÉ, ACTE IV, SCÈNE VII
J'aimais, cl cet amour a pu m'iutimider,
Mais puisciuc de mon art la honteuse impuissance
M'olilise à recourir aux dernières horreurs,
Ma gloire veut une pleine vengeance.
Je m'abandonne à mes justes fureurs.
Sus, divinités implacables, Qu'autrefois l'Achéron engendra de la nuit. Terreur, désespoir, rage, et tout ce qui vous suit,
Quand pour des projets effroyables A quitter les enfers mon ordre vous réduit, Hàtez-vous de sortir de vos demeures sombres. C'est Circé qui le veut.
(Les furies paraissent suivies des plus noires divinités de l'enfer; et après avoir répondu dans le commencement de cette scène aux divers mouvements de Circé par leurs différentes actions, elles lui font connaître sur la fin, que le ciel les a mises dans l'impuissance de la venger.)
DOHINH.
Madame.
CIRCÉ
Tu le vois Avec quel prompt transport du noir séjour des om- Elles accourent à ma voix. [bres
Je triomphe, et leur vue en me tirant de peine, De cent plaisirs secrets me fait goûter l'appas.
Contre un ingrat il faut servir ma haine; N'y consentez- vous pas?
C'est assez pour punir un lâche qui m'outrage. Je veux que dans son sein vous versiez à l'envi... Quoi, cet amant si cher me sera doue ravi'? Cruelle ! sais-tu bien ce qu'ordonne ta rage'?
Tendresse indigne de Circé!
On me brave, et je crains d'en trop croire ma haine. Allez, c'est... Qu'à nommer un amant faitde peine.
Quand après son nom prononcé.
On en voit la perte certaine!
Quelle indigue pitié tâche de m'arrèter!
Les éléments à ma voix obéissent, La lune en fuit d'elTroi, les enfers en frémissent; Et le cœur d'un mortel m'osera résister'? Partez, courez, volez, c'est le prince de Thrace, Qui s'est noirci vers moi de mille trahisons.
Pour le punir de sa coupable audace.
Répandez dans son cœur vos plus mortels poisons.
Quoi! vous demeurez immobiles?
Je parle, et n'obtiens rien de vous?
Non, vous avez pour moi des craintes inutiles. L'amour est étouffé, croyez-en mon courroux.
Le ciel pour me venger vous défend de rien faire; Et vous m'abandonnez dans cet affreux revers?
Ah! refus qui me désespère!
Que ne peut ma fureur... Je m'égare, me perds.
Donc, pour avoir raison d'un téméraire.
Je ne trouve aujourd'hui qu'impuissance aux en- Hélas! fut-il jamais un sort plus déplorable? [fers!
Vous me plaignez? Ah! c'est trop m'outrager. Fuyez, votre présence et me gène et m'accable. Si vous ne pouvez me venger.
(Les furies disparaissent.) DORINE.
Tous VOS charmes détruits vous le font trop con- Madame, vous tenez d'inutiles combats; [naître. Pour triompher de vous, Vénus arme son bras.
CIRCÉ
Quoi! le Soleil de qui j'ai reçu l'être. Lui voit chercher ma honte, et ne l'empêche pas?
Il peut souffrir, mais le moment s'approche '
Où pour moi sa bonté va peut-être éclater. Je le vois, c'est lui-même, il le faut écouter.
(Le Soleil parait dans son palais. Ce palais est d'or, composé avec des colonnes torses d'or poli, qui sont revêtues de branches de laurier qui les environnent, de couleur naturelle. Les chapiteaux sont d'or ciselé, et les bases des colonnes de même matière, aussi bien que la frise et la corniche. Le corps de massif de ce palais est de pierres précieuses, et tous les piédestaux de marbre blanc, au milieu desquels on voit de gros rubis. Les panneatlx sont enrichis de veines d'or sur un fond de lapis, .\u-dessous de la corniche on voit dans une espèce de petit attique d'où naissent les cintres, des lyres d'or avec plusieurs ornements ; dans le milieu des voûtes sont peints de grands soleils d'or poli avec quantité d'autres ornements. L'optique de ce palais est toute transparente, et jette un éclat qui éblouit.)