L'INCONNU, ACTE III, SCÈNE
Les plus belles chaînes Fout vuir mille peines A qui n'aime pas;
Mais, quand on aime, Ce n'est plus de même, Tout est plein d'appas.
OLYMPE
L'un et l'autre ont la voix charmante.
LE CHEVALIER
On aurait peine à mieux chanter.
LA COMTESSE
La beauté de la fête a passé mon attente.
OLYMPE
L'Inconnu l'ordonnant, aviez-vous à douter Qu'elle ne fût toute galante'.'
CO.MUS
Hé bien, pour toucher votre cœur, Comus a-t-il su satisfaire, En dieu d'importance et d'honneur, A tout ce que l'Amour l'avait chargé de faire '^
LA COMTESSE
Comus peut s'assurer partout de son bonheur,
Si Comus s'en fait un de plaire;
Mais comme en terre quelquefois
La divinité s'humanise.
Le dieu Comus pourrait m'apprendre à qui je dois Le divertissement dont il me voit surprise.
COMUS
C'est un secret qu'à conserver
Ma qualité de dieu m'engage.
Si de ses soins r.\mour qui veut vous éprouver.
Peut espérer quelque avantage.
Il m'attend dans le ciel où je le vais trouver;
Employez-moi pour le message.
LA COMTESSE
Je ne m'explique point ainsi.
Je veux connaître avant qu'entrer en confidence.
CO.MUS
Ma suite est disparue, et je suis seul ici. Bonsoir; vivez en espérance De sortir bientôt de souci.
LA COMTESSE
Se taire! Se cacher si longtemps quand on aime!
J'avais cru par l'un d'eux, en lui parlant tout bas,
Développer ce stratagème ; Mais, après quelques mots que peut-être lui-même
En les disant n'entendait pas,
Il a, d'une vitesse extrême
Pour s'éloigner, doublé le pas.
LA COMTESSE
Pour moi, je ne sais plus qu'en dire.
OLY.MPE.
Le temps éclaircira l'amour de l'Inconnu, Un peu de patience.
LA COMTESSE
11 tant tâcher d'en rire, En attendant que ce temps soit venu.