‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 1264 sur 1518 · SCÈNE I LA COMTESSE, OLYMPE, VIRGINE · texte numérisé non relu

SCÈNE I LA COMTESSE, OLYMPE, VIRGINE

LA COMTESSE

.Nommez ce sentiment fierté, chagrin, caprice, Quand je parle une fois, je veux qu'on obéisse. Et je ne prétends point, parce qu'on est jaloux, Renoncer sottement aux plaisirs les plus doux. Des vœux de l'Inconnu si le marquis s'oiïense, Il en doit redoubler ses soins, sa complaisance; Et trop faire éclater l'ennui qu'il en reçoit, C'est servir son rival beaucoup plus qu'il ne croit.

En vain un peu d'aigreur contre lui vous anime. L'Inconnu, je le sais, partage votre estime. On ne peut condamner ce qu'il s'en est acquis; Mais enfin vous devez votre cœur au marquis.

LA CO-MTESSE.

Moi'.' Je ne lui dois rien.

OLY.MPE.

Et qu'a donc fait, madame, Ce long et tendre amour qui vous soumet son âme? Pour vous rendre sensible il a tout essayé ; Mille devoirs...

LA COMTESSE

Hé bien, n'en est-il pas payé"?

0Ly.MPE.

Comment, est-ce qu'à lui votre foi vous engage?

LA COMTESSE

Il me voit quand il veut, que faut-il davantage? Quoi, pour quelques soupirs, pour un peu de laa-

[gueur, Vous croyez bonnement qu'il faut donner son cœur? S'engage qui voudra, je ne vais pas si vile. Avec tous mes amants chaque jour je m'acquitte, Et prétends que des vœux qui me sont adressés, Le plaisir de me voir les a récompensés. Tant qu'ils en usent bien, je leur fais bonne mine. J'écoute leurs douceurs, prends mon humeur badi- Jc raille ; mais aussi, quand on fait un faux pas, [ne, J'ai l'air sombre, je rêve, et ne regarde pas. D'ailleurs, point de caprice, et c'est par où j'engage Celte foule d'amants dont je reçois l'hommage : Ma courcsl toujours grosse, on y chante, on y rit; i:t, quand l'un me déplaît, l'autre me divertit.

J'avais cru qu'au marquis une secrète flamme .\ssurait, quoi qu'on fit, l'empire de votre âme, Et plaignais l'Inconnu, dont les soins amoureux Ne pouvaient mériter qu'il fût jamais heureux. S'y prendre de la sorte est un grand avantage; ifdoit n'être qu'esprit, tout ce qu'il fait engage; Et, sausdûule,il faudrait, quand on l'a su charmer, Se mal connaître en gens pour ne le point aimer.

Page 1