‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 1334 sur 1518 · D. JU.\X · texte numérisé non relu

D. JU.\X

Ile, ne nous pressons pas.

(A Syanarelle.)

Qu'elle estpropre à causer une flamme amoureuse!

LÉOXOR.

Il faudra nue je sois pourtant religieuse.

D. JUAN'

.\li, quel meurtre! Et d'où vient"? Est-ce que vous Tant de vocation? [avez

Pas tro|i, mais vous savez Qu'on menace une fille, et qu'il faut sans murmu- D. JUAN. [re...

C'est cela qui vous tieul?

LÉONOR

Et puis ma tante assure Que je ne suis point propre au mariage.

D. JUAX.

Vous?

Elle se moque, allez, faites choix d'un époux. Je vous garantis, moi, s'il faut que j'en réponde, Propre à vous marier plus que fille du monde. Monsieur le médecin s'y connaît, et je veux Que lui-même...

SfiAXARELI.E, lui lâiaïf te pouls.

Voyons. Le cas n'est point douteux.

Mariez-vous, il faut vous mettre deux ensemble, Sinon, il vous viendra mal encombre.

LiiOXOR.

Ah ! Je tremble.

Et quel mal est-ce laque vous nommez?

SGAXARELUE.

Un mal Qui consume en six mois l'humide radical, Mal terrible, astringent, vaporeux.

LÉOXOR.

Je suis morte.

SGAXARELLE.

Mal surtout qui s'augmente au couvent. LÉo.xon.

Il n'importe.

On ne laissera pas de m'y mettre.

D. JUAX.

Et pourquoi?

LÉOXOR.

A cause de ma sœur qu'on aime plus que moi. On la mariera mieux quand on n'aura plus qu'elle.

D. JU.\ÎJ.

Vous êtes pour cela trop aimable et trop belle. Non, je ne puis soull'rir cet excès de rigueur; Et, dès demain, pour faire enrager votre sœur, Je veux vous épouser. Eu serez-vous contente?

LÉOXOR.

Hé, mon Dieu, n'allez pas en rien dire à ma tante.

Sitôt que du couvent elle voit que je ris,

Deux soufflets me sont sûrs, et ce serait bien pis

Si vous alliez pour moi parler de mariage.

D. JUAN

lié bien, marions-nous en secret; je m'engage, Puisqu'elle vous maltraite, à vous mettre en élat De ne rien craindre d'elle.

SGAXARELLE.

Et par un bon contrat; Ce n'est point à demi que monsieur failles choses.

J'avais pour fuir l'hymen d'assez pressantes causes; Mais pour vousfaireentreraucouventmalgrévous, Savoir qu'à la menace on ajoute les coups. C'est un acte inhumain dont je me rends coupable Si je ne vous épouse.

SGAXARELLE.

Il est fort charitable.

Voyez, se marier pour vous ôter l'ennui D'être religieuse, attendez tout de lui.

LÉONOU.

Si j'osais m'assurer...

SGANARELLE

C'est une bagatelle, Que ce qu'il vous promet. Sa bonté naturelle Va si loin, qu'il estprêt.pour faire trôveaux coups, D'épouser, s'il le faut, votre tante avec vous.

LÉONOR

Ail ! Qu'il n'en fasse rien ; elle est si dégoûtante... Mais moi,suis-je assez belle...

D. JUAN

Ah , ciel ! Toute charman le.

Quelle douceur pour moi de vivre sous vos lois! Non, ce qui fait l'hymen n'est poiutde notre choix. J'en suis trop convaincu, je vous connais à peine, Et, tout à coup, je cède à l'amour qui ni'entraine.

LÉOXOR.

Je voudrais qu'il fut vrai, car ma tante, et la peur Que me faille couveut...

D. JUAX.

Ah ! Connaissez mon cœur.

Voulez-vous que ma foi, pour preuve indubitable, Vous fasse le serment le plus épouvantable? Que le ciel...

LÉONOR

Je vous crois, ne jurez point.

D. JUAX.

Hé bien?

LÉOXOR.

Mais, pour nous marier, sans que l'on en sût rien. Si la chose pressait, comment faudrait-il faire?

D. JUAX.

Il faudrait avec moi venir chez un notaire. Signer le mariage, et, quand tout serait fait, iNous laisserions gronder votre tante.

SGAXARELLE.

En effet; Quand une chose est faite, elle n'est pas à faire.

LÉONOR

Oh, ma tante et ma sœur seront bien en colère,

Page 1