‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 1354 sur 1518 · SCÈNE IX ELVIRE, D. JUAN, SGANARELLE · texte numérisé non relu

SCÈNE IX ELVIRE, D. JUAN, SGANARELLE

D. JUAN

Quoi! vous encor, madame! En deux mots, s'il J'ai hâte. [vous plaît.

ELVIRE

Dans l'eniuii dont mon âme est atteinte. Vous craignez ma douleur, mais perdez cette crain- Je ne viens pas ici pleine de ce courroux, [te. Que je n'ai que trop fait éclater devant vous. Par un premier hymen une autre vous possède, On m'a tout éclairci, c'est un mal sans remède; Et je me ferais tort de vouloir disputer Ce que contre les lois je ne puis emporter. J'ai sans doute à rougir, malgré mou innocence.

D'avoir cru mon amour avec tant d'imprudence. Qu'en vous donnant la main j'ai reçu votre foi, Sans voir si vous étiez en pouvoir d'être à moi. Ce dessein avait beau me sembler téméraire, Je cherchais le secret par la crainte d'un frère; Et le tendre penchant qui me fit tout oser. Sur vos serments trompeurs servit à m'abuser. Le crime est pour vousseul, puisqu'enfinéclaircic. Je songe à satisfaire à ma gloire noircie, Et que ne vous pouvant conserver pour époux, J'éteins la folle ardeur qui m'attachait à vous. Non qu'un juste remords l'étouffé dans mon àme, Jusques à n'y laisser aucun reste de flamme; Mais ce reste n'est plus qu'un amour épuré, C'est un feu dont pour vous mon cœur est éclairé. Un feu purgé de tout, une sainte tendresse Qu'au commerce des sens nul désir n'intéresse, Qui n'agit que pour vous.

SGANARELLE

Ah!

D. JUAN

Tu pleures, je croi.

Ton cœur est attendri.

SGANARELLE

Monsieur, pardonnez-moi.

ELVIBE.

C'est ce parfait amour qui m'engage à vous dire Ce qu'aujourd'hui le ciel pour votre bien m'inspi- Le ciel dont la bonté cherche à vous secourir, [re; Prêt à choir dans l'abîme où je vous vois courir. Oui, don Juan, je sais par quel amas de crimes Vos peines qu'il résout lui semblent légitimes; Et je viens de sa part vous dire que pour vous Sa clémence a fait place à son juste courroux, Que las de vous attendre, il tient la foudre prête. Qui, depuis si longtemps, menace votre tète. Qu'il est encore eu vous, par un prompt repentir, De trouver les moyens de vous en garantir, Et que pour éviter un malheur si funeste. Ce jour, ce jour peut-être est le seul qui vous res-

SGANARELLE. [tC.

Monsieur I

ELVIRE

Pour moi, qui sors de mon aveuglement.

Je n'ai plus pour la terre aucun attachement, Ma retraite est conclue; et c'est là que sans cesse Mes larmes tâcheront d'elfacer ma faiblesse. Heureuse, si je puis par mon austérité Obtenir le pardon de ma crédulité.

Mais, dans cette retraite, où l'on meurt à soi-même, J'aurais, je vous l'avoue, une douleur extrême. Qu'un homme à qui j'ai cru pouvoir innocemment De mes plus tendres feux donner l'empressement. Devînt par un revers aux méchants redoutable. Des vengeances du ciel l'exemple épouvantable.

SGANARELLE

Monsieur, encore un coup...

ELVIRE

De grâce, accordez-moi

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