SCÈNE X D. JUAN, SGANARELLE, suite
SGANARELLE
La laisser partir sans...
D. JUAX.
Sais-tu bien, Sganarelle, Que mon cœur s'est encor presque senti pour elle? Ses larmes, son chagrin, sa résolution.
Tout cela m'a fait naîlre un peu d'émotion. Dans son air languissant je l'ai trouvée aimable.
SGAXARELLE.
Et tout ce qu'elle a dit n'a point été capable...
D. JUAX.
Vite à dîner.
SGANARELLE
Fort bien.
D. JUAX.
Pourquoi me regarder"?
Va, va, je vais bientôt songer à m'amender.
SGANAKELLE.
Ma foi, n'en riez point, rien n'est si nécessaire Que de se convertir.
D. JUAN
C'est ce que je veux faire.
Encorvingtou trenteansdes plaisirslesplusdoux, Toujours en joie, et puis nous penserons à nous.
Sr.ANARELLE.
Voilà des libertins l'ordinaire langage, Mais la mort...
D. JUAX.
Hé'?
SGAXABELLE.
Qu'on serve. Ah, bon, monsieur, courage!
Grande chère, tandis que nous nous portons bien. [It prend un morceau dans un des plais qu'on apporte, el le met dans sa bouche^
D.' JUAX.
Quelle enflure est-ce là ? Parle, dis, qu'as-tu ?
SGAXARELLE.
Rien.
D. JU.\N
Attends, montre. Sa joue est toute contrefaite. C'est une fluxion, qu'on cherche une lancette. Le pauvre garçon ! Vile. Il le faut secourir. Si cet abcès rentrait, il en pourrait mourir. Qu'onleperce, ilestmûr. Ah ! coquin que vousêtes, Vous osez donc...
SGAXARELLE.
Ma foi, sans chercherde défaites Je voulais voir, monsieur, si votre cuisinier N'avait point trop poivré ce ragoût; le dernier L'était endiablé, aussi vous n'en mangeâtes guère.
D. JUAX.
Puisque la faim te presse, il faut la satisfaire. Fais-toi donner un siège, et mange avecque moi, Aussi bien, cela fait, j'aurai besoin de toi. Mets-toi là.
SGANARELLE, prenant un siège.
Volontiers, j'y tiendrai bien ma place.
D. JUAX.
Mange donc.
SGAXARELLE.
Vous serez content ; de votre grâce.
Vous m'avez fait partir sans déjeuner, ainsi J'ai l'appétit, monsieur, bien ouvert, Dieu merci.
D. JUAN
Je le vois.
SGAXARELLE.
Quand j'ai faim, je mange comme trente. Tàtez-moi de cela, la sauce est excellente. Si j'avais un chapon, je le mènerais loin.
(.4 la Violette qui luiveut donner une assiette blanche).
Tout doux, petit compère, il n'en est pas besoin. Rengainez. Vertubleu, pour lever les assiettes. Vous êtes bien soigneux d'en présenter de nettes. Et vous, monsieur Picard, trêve de compliment. Je n'ai point encor soif.