ACTE TROISIÈME
Des arbres, qui tiennent au village où le baron a son château, font la décoration de cet acte. On voit dans le fond trois belles allées de verdure, qui marquent trois différents chemins, dans l'un desquels Damis trouve Oronte qui s'était avancé jusque-là en rêvant. Son amour pour Angélique s'était encore augmenté depuis la déclaration (|u'il lui en avait faite; et, ayant appris que le baron la voulait faire épouser à Oronte, il prend cette occasion de lui parler pour découvrir s'il y a de l'intelligence entre eux; et pousse la chose de sorte, que Clarisse ne saurait plus douter de l'intérêt qui le fait agir. 11 lui aurait fait mettre 1 l'épée à la main, sans l'arrivée d'Ismène, qui ayant fait réllexion sur ce qu'Oronte, avec qui elle s'était plusieurs fois entretenue de Dorante, lui avait toujours caché qu'ils étaient amis, se persuade
LE TniOMPHK DES DAMES, ACTE IV.
qu'il y a du mysU'^rc dans ce qui l'a (ail venir chez le baron. Elle ne lui a pas |)lulôt l'ail paraître ses soupeons, (|ue ce faux Oronlu lui avoue qu'il n'y est venu qu'à la prière do Clarisse, qui lui a remis ses inlériits enlre les mains, soit poiu" obliger Dorante ù lui demeurer fidèle, soit pour la porter elie-mônie à ne vouloir pas s'enrichir d'une coqquÉle, que la trahison seule lui peut assurer. Ismène ne lui cache point que, malgré tous les défauts de Dorante, elle ne ])cut se défendre de l'aimer fortement, et que s'étant engagée avec lui de bonne foi, sans avoir su qu'il eût rien promis aune autre, elle croit <|ue Clarisse serait injuste de lui imputer ses malheurs, dont elle n'est qu'une cause très innocente. Elles se séparent sans que Clarisse puisse trouver aucun sujet de se plaindre d'Ismcne, qui ayant voulu traiter fièrement Dorante sur son peu de complaisance et ses eniporlemenls de jalousie, en reçoit des excuses si pleines de soumission, qu'elle ne peut lui refuser le pardon qu'il lui en demande. Angélique qui survient avec Aminte, leur témoigne la joie qu'elle a de les voir raccommodés; et dans le même instant le capitaine leur vient faire le récit grotesque d'une noce de village dont il a rencontré les convies qui se préparent à venir danser dans ce lieu même, qui doit être le carrefour du village. Ismène, à la prière d'Angélique, se résout à les attendre. Dorante, qui aime toujours à contrarier, s'oppose au divertissement qu'elle en espère; et sur cette contestation, les violons qu'on entend, donnent le signal de l'entrée de la noce. Ils marchent les premiers, et sont suivis d'un paysan ivre. Apres lui vient le marié, menant Dorimène, femme du bel air, que le capitaine a ([ualiliée du titre de demi-marquise dans le récit qu'il a faitdela noce. M. Vignolet, bourgeois niais, les suit; il mène la mariée, dont la mère est menée par un vieux bourgeois. Le père du marié enlre après eux avec une vieille bourgeoise qu'il lient par la main. Ensuite on voit paraître un bourgeois galant, et un clerc de procureur, qui mènent chacun unefllle de village. Une servante llnilcctte entrée, lin suisse et un page la tiennent chacun par la main. Toute cette troupe se place, et la plupart d'eux font tour à tour les figures les plus plaisantes, pendant lesquellcs^le capitaine, par sa joie, et Dorante, par son chagrin, ne contribuent pas peu au divertissement de la compagnie, jusqu'à ce que M. 'Vignolet étant prie de danser, s'en excuse; et pour en être plus aisément dispensé, il s'offre à chanter les paroles qui suivent ;
Si Claudine
Ma voisine
S'imagine
Sur ma mine Que je ne suis bon à rien;
Qu'en cachette
La follette
Jle permette La fleurette, Elle s'en trouvera bien.
Le courage
Qui m'engage,
Lui présage
Qu'à mon Age Je sais parler c-,omme il faut.
Qu'on s'oxplitpie
l\ir (lupliipie,
.Ma ivpli(|iie
I''ait la niipie A qui me croit en défaut.
Celle chanson étant finie, on apporte une table et un bassin, dans lequel tous les conviés vont mettre les présents que la coutume les engage de faire aux mariés. Ils sont tous deux au-devant de la table, et font la révérence à chacun de ceux qui viennent mettre leurs dons dans le bassin. Après quoi, toute cette troupe se retire, à l'exception de Dorimène, qui ayant reconnu Dorante, lui vient demander, avec de grands témoignages de joie, s'il a enfin épousé Clarisse. Dorante l'interrompt, et tâche de détourner le discours sur une autre matière. Ismène la prie d'achever, et Dorante remarquant que ce qu'elle dit à l'avantage de Clarisse, fait de fâcheuses impressions sur son esprit, coupe la [larolc à Dorimène, d'une manière si désobligeante, qu'elle le quitte tout en colère. Ismène reprend ses premiers mouvements de jalousie, et fiuil cet acte en refusant d'écouter ce que Dorante lui veut dire pour sa justification.