‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 1369 sur 1518 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

Le théâtre change et représente dans cet acte une allée magnifique du jardin du baron. On voit des deux côtés, des palissades de verdure, le long desquelles régnent plusieurs termes d'hommes et de femmes faits d'un très beau marbre blanc, et entre lesquels sont de magnifiques vases dorés tous remplis de fleurs. Ces termes portent sur leur tète des vases de verdure découpée, entre lesquels sont attachés plusieurs festons de fleurs.

Dans le fond du théâtre on découvre une grotte, dont la façade forme deux pilastres, elune porte ferrée verte et or, au-dessus du devant de laquelle sont deux grands dauphins de grandeur naturelle qui jettent de l'eau dans un bassin. Entre les dauphins est un grand masque de coquillejctant aussi de l'eau dans le même bassin. Il est de nacre de perles, et paraît argenté. Les pilastres des deux côtés sont revêtus de glaçons et de fontaines à bassins de marbre de toutes couleurs, taillé en coquilles, d'où pendent des festons de coquillages. Ces bassins sont les unssurles autres, en sorte qu'ils se voient tous portés par deux nymphes marines de marbre blanc qui sont en bas, avec quantité de roseaux autour d'elles qui paraissent naturels. Au-dessus des pilastres, sur des consoles en attique, sont des vases de rocaille qui jettent de l'eau dans les bassins.

La grotte est magnifique. Une architecture rustique en compose le massif qui règne en symétrie et qui forme le tout en voùle, en sorte que l'édifice se voit porté par des pilastres égaux de rustique, sur lesquels s'élèvent des voûtes ornées de masques de coquilles, de glaçons, de pierres rustiques et dune infinité de coquilles bizarres de différentes sortes, qui y font des ornements aussi bien que dans les frises des cintres, autour desquelles sont des bordures d'argent et de nacre de perles, taillées d'une manière qui laisse voir une variété de couleurs et de coquillages naturels très agréable pour la vue. Dans tons les pilastres sont des fontaines ornées de tritons marins, de marbre blanc, isolés, faits de différentes manières, avec des animaux marins mêlés ensemble, qui font que les pilastres se trouvent tous différents. Sous toutes ces figures de tritons et d'animaux, il y a des façons de bassins de rocaille et de coquilles, supports et bases de rustique, ornésde coquillages de différentes couleurs naturelles, nacre de perles, corail, avec des bordures d'argent, pierres de lapis, et glaçons rustiques de toute sorte de façons, qui offrent aux yeux un tout dont la richesse les surprend agréablement. Les massifs des pilastres et du corps de l'édifice, sont revêtus de nacre de perles en bordure, de pierres de lapis et de rustique et d'autres pierres de diverses couleurs. L'optique est un fond de grotte orné de petits bassins de marbre en forme de coquilles, avec des enfants sur des cygnes au nombre de cinq, qui jettent de l'eau qu'on voit retomber dans un grand bassin de rocaille; le tout orné de coquilles, lapis, nacre de perles, et pierres de coloris. Dans le fond de la grotte, au-dessus dos petits bassins, est un jour percé en forme ronde, environné de coquilles. La voûte est toute de coquillage, et l'on y voit un masque de rocaille pareil à celui des autres cintres.

C'est en se promenant vers cette grotte, qu'Aminte confirme à Damis ce qu'il avait déjà su,

LE TRIOMPHE DES DAMES, ACTE III

que sa mère ne l'avait envoyée chercher que pour lui déchirer qu'elle avait dessein que son mariage aussi bien que celui d'Ismène et de Dorante, se conclût le lendemain. Il prend prétexte sur l'indifférenceavec laquelle elle lui témoigne avoir reçu cette nouvelle de vouloir aller demander qu'on ne se hâte pas, afin qu'elle ait le temps de connaître mieux s'il est digne de son amour ; et il se porte à celle résolution avec d'autant plus de chaleur, qu'étant devenu amoureux d'Angélique, il ne cherche iju'une occasion favorable de pouvoir dégager la parole qu'il a donnée pour Aminte. La dispute de ces deux amants est interrompue par l'arrivée du capitaine, qui se sert de termes de guerre pour faire connaître à Aminte, qui est d'intelligence avec lui, qu'il a donné les ordres nécessaires pour l'enlever, sur le signal qu'elle doit faire pendant le divertissement de la mascarade dont il lui a déjà parlé. Comme il est prêt à conter un exploit de guerre à la jeune Angélique qui survient, Dam.is qui en témoigne du chagrin, donne lieu à Aminte de dire au capitaine qu'il peut lui en venir faire le récit en particulier. Ils s'éloignent tous deux; et Damis ravi de se trouver seul avec Angélique, prend cette occasion de lui déclarer la passion qu'il a pour elle, et le dessoin où il est de rompre avec Aminte à cause de son indolence, quand même il aurait le malheur de ne pouvoir réussir dans le nouvel attachement qu'il a pris. Angélique reçoit cette déclaration avec son enjouement ordinaires; et sans lui montrer de dégoût pour sa personne qu'elle estime, elle se contente de lui faire connaître qu'elle n'est point d'humeur à vouloir dérober un amant à sa parente. Il se retire voyant approcher Orontc que personne ne connaît encore pour Clarisse, et qui, après avoir conté quelques douceurs à .Angélique qui cède la place au baron son oncle, est surpris de la proposition qu'il lui vient faire de son mariage avec cette même Angélique dont il est tuteur, et qu'il veut lui faire épouser par un sentiment d'amitié particulière, dont il n'a pu se défendre pour lui dès te moment qu'il a commencé de le connaiire. Orontc, pour qui son sexe rend l'offre qu'on lui fait inutile, se défend de ce mariage d'une manière qui fait croire au baron que l'amour qu'il a pris pour Ismène, à laquelle on le voit parler souvent, est la seule cause de ce refus ; et sur ce qu'il lui en témoigne, ce même Oronle feignant do prendre une entière confiance en lui par un secret d'importance qu'il veut lui révéler, lui fait croire qu'il est le frère de Clarisse que Dorante a si longtemps aimée k Lyon, et qu'il n'en est parti que pour savoir de cet amant infidèle s'il aura la lâcheté de vouloir manquer de parole à sa sœur. Le baron lui promet de se déclarerconlre Dorante jusqu'à rompre le mariage d'Ismène, avec laquelle il laisse ce prétendu frère de Clarisse qui, toujours sous le nom d'Oronle,

après lui avoir demandé des nouvelles de l'entretien qu'elle a eu avec Dorante depuis son retour, lui conseille de le quitter, puisqu'il lui donne tous les jours tant de sujets de chagrin par ses brusqueries. Fanchon l'empêche de pousserce conseil plus loin, en venant dire à sa sœur qu'on a fort embelli la grotte ; ce qui donne lieu à Ismène d'inviter Clarisse à en venir voir les beautés. Elles y sont à peine entrées toutes deux, que Fanchon qui fait aller et venir la porte en badinant, la ferme en dehors sans y penser, et trouve Dorante en môme temps qui venait chercher Ismène. Il n'a pas sitôt appris de Fanchon qu'elle est avec un monsieur qu'elle ne lui veut pas nommer, qu'il ne doute point que ce ne soit Oronte; et l'apercevant un peu après dans le fond de la grotte, il y court tout saisi de jalousie, avec degrands reproches de trouver la porte fermée. Ismène la vient ouvrir; Dorante s'emporte, et demeure fort interdit de reconnaître Clarisse dans Oronte, qui l'oblige à le regarder, comme ne devant pas être un rival fort redoutable pour lui. Ismène surprise du troubleoù elle voit Dorante, lui en demande la raison, qu'il rejette sur la confusion où il est d'avoir été jaloux du meilleur de ses amis qu'il ne croyait pas trouver auprès d'elle. Ismène reçoit cette excuse, et piquée de son emportement, elle le laisse fort embarrasse avec Clarisse, qui sans l'accabler de reproches, ni le vouloir écouter dans sa justification, se contente de lui dire qu'elle lui permettra de parler, après qu'il aura assez examiné, s'il doit espérer plus de bonheur à l'abandonner pour Ismène, qu'à lui garder la fidélité qu'il luiasi solennellement jurée.

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