RÉPONSE DU PREMIEU QUADRILLE DES ASSAIL- LANTS AU CARTEL DES TENANTS
Quoiqu'on ait vu sur les plus grandes âmes
La beauté de tout temps régner, Un éloge si faible est trop à dédaigner. Pour porter assez loin le Triomphe des Dames.
Leurs charmes les plus éelatants Viennent de leur esprit qui ne craint point le temps ; Elles l'ont fin, poli, plein de délicatesse. C'est ce que nous venons soutenir en ces lieux.
Et faire voir confondant votre adresse.
Que de leurs chevaliers le titre glorieu-K Est un titre qu'il faut que votre orgueil nous laisse.
Belloglaise le Hardi. .Vristée. Cléonti.n, RiVEGLOSE le Dangereux.
Le camp ayant été accorde par les juges au maréchal de camp des assaillants, il s'en retourne, et un moment après, leur quadrille faitson entrée en cet ordre, au son des trompettes. Le maréchal de camp est à la tête, de la manière qu'il a déjà paru avec sa suite. Trois trompettes de la même livrée marchent après lui. Les plumes de leurs casques sont bleues, noires et blanches, et les banderolles de leurs trompettes bleues. Ces trois devises sont peintes dessus :
Un amant qui reçoit des chaînes des mains d'une nymphe, avec ces mots : per si bella cauio.n"
DOLCE e' SERVIIIE.
Quoique la servitude ait de cruelles peines, Qui pour les éviter nous .doivent faire agir, Il est doux de prendre des chaînes, Quand la main qui les donne empêche d'en rougir.
Un amour tenant des flèches, avec ces mots :
SIN EI.LAS que l'UEDE AXIOR ?
L'amour hune des traits dont l'avantage est prompt,
Contre le cœur le plus rebelle; liais s'ils n'étaient conduits par les yeux d'une belle, Us ne frapperaient pas aussi juste qu'ils font.
On aigle qui s'élève jusqu'à la sphère du soleil, avec ces mots: pur che godano gli occhi, ardan
LE PIU.yE.
On ne les saurait voir que leurs beautés n'inspirent
Une inquiète et tendre ardeur;
liais quand les yeux charmés admirent.
Peut-on examiner ce qu'il en coûte au cœur'?
On voit paraître ensuite un drapeau bleu, noir et blanc, aux quatre coins duquel sont peints des coeurs enllammés et couronnés de myrtes, avec cette devise dans le milieu.
Des Parthes, qui en prenant la fuite devant des Amazones, les blessent de leurs llèches en fuyant,
et ces mots : vi.nxerle non si puo fuor che fuc-
GENDO.
Elles font trembler les plus braves, Rien ne leur saurait résister.
Et ce n'est qu'en fuyant ([ue l'on peut éviter D'être au nombre de leurs esclaves.
Le parrain marche après, vêtu à l'antique: il est suivi de l'écuyer, dont l'habit est à l'espagnole, et qui tient l'écu du chef du ([uadrille, sur lequel est celte devise.
Jupiter changé en taureau, enlevant Europe, avec ces mots : ix che no.n traxsfobmaxo gli
A.MANTI ?
Qu'on ait une belle en tête.
Quoiqu'on abonde en esprit.
Pour en faire la couquète, Il n'est figure de bête Que le plus sage ne prît.
Le chef représenté par Damis sous le nom de Belloglaise, marche après, la pique à la main, et vêtu à la romaine. Son casque est garni de plumes de sa livrée, avec une grande aigrette. Sa longue mante est bleue, et portée par un page polonais. On voit à ses côtés deux grands Polonais ayant leur cimeterre en écharpe, et des haches d'armes dorées. Un peu après lui paraissent trois chevaliers vêtus à l'antique, avec leurs casques garnis de plumes. Ces trois devises qui sont peintes sur leurs écus, sont à l'avantage des dames, ainsi que toutes les autres.
Un héliotrope qui regarde le soleil, avec ces mots : Au.v su ausencia .me .marchita.
Rien n'est égal à leur constance.
Voyez Clytie en fleur qui sèche encor d'ennui, Sitôt que du soleil elle perd la présence; Mais aussi le soleil est un dieu d'importance Et l'on voit peu d'amants qui soient faits comme lui.
Des roses en boutons, avec ces mots : hermosas
DESDE que NACEN.
Elles n'ont pas besoin d'un grand nombre d'années Pour étaler aux yeux de quoi se faire aimer, Puisqu'à peine sont-elles nées, Que leurs jeunes attraits ont l'art de tout charmer.
Hercule filant auprès d'Omphale, avec ces mots :
A CHE XOX SFORZANO.
Ne traitez point d'abaissement
La servitude d'un amant, Qu'aux plus abjects emplois sa passion ravale. Quand une fois on s'est laissé charmer. Rien ne doit faire honte à qui sait bien aimer,
Hercule a filé pour Omphale.
Ce quadrille s'arrête au milieu de sa marche, et son maréchal de camp donne ces vers au maréchal de camp général, qui les va porter aux
dames sur leur éehal'aud.
LE TRIOMPHI': DES DAMES, ACTE V
VF.nS PIÎÉSENTKS AUX DAMES PAR LE PREMIER (^PlADlUM.E DES ASSAILLANTS.
Quoique péril où l'on s'expose A vouloir (iu beau sexe admirer les appas, Est-il des maux qui ne nous plaisent pas,
Quand nous en chérissons la cause?
C'est sans doute un subtil poison, Que le je ne sais quoi qui nous attacbe aux belles; Mais du moins à les voir si l'on perd la raison. On acquiert de l'esprit en soupirant pour elles.
Ne balancions donc point à nous laisser charmer. On hait un insensible aussitôt qu'on le nomme, Et l'on ne commence d'i^tre homme Que quand on commence d'aimer.
Ces vers étant distribués, ce quadrille achève sa marche autour de la barrière, et s'ctant placé de l'autre côté vis-à-vis dos tenants, le chef se tourne vers les dames qui sont sur l'échafaud, et leur fait ce compliraenl :
Ne nous refusez pas un reiiard favorable. Vous, de qui la beauté pour nous trop redoutable, Nous fait déjà sentir une tendre langueur; A quoi que de vos yeux la douceur nous engage C'est en nous dérobant le cœur.
Qu'ils nous donneront le courage.
Ce compliment est à peine fini, que les trompettes qu'on entend obligent de nouveau le maréchal de camp général d'aller à l'entrée du camp, d'où il amène le maréchal do camp du quadrille des chevaliers fidèles. Il est vêtu à l'antique; ses plumes et sa garniture sont couleur de feu, aussi bieu que sa niante qui est mêlée d'argent. Son bàtou de commandement est d'or, et deux Arabes le suivent, tenant chacun une zagaie. Il lit cette réponse que les chevaliers fidèles font au cartel des tenants.