‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 1386 sur 1518 · LE COMTE D'ESSEX, ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

LE COMTE D'ESSEX, ACTE I, SCÈNE II

Qui de vos sens charmés se rendait la maîtresse : Tantquevousin'eussiezvuecnpouvoird'êtreàvous, Vous auriez dédaigné ce qu'eiH pu son courroux. Mille ennemis secrets qui cherchent <à vous nuire, Attaquant votre gloire auraient pu vousdétruire. Et d'un rrime d'amour leur indigne attentat Vous eût dans son esprit l'ait un crime d'État. Pour oler contre vous tout prétexte à l'envie, J'ai dû vous immoler le repos de ma vie. A votre sûreté mon hymen importait, Il fallait vous trahir, mon cœur y résistait, J'ai déchiré ce cœur afin de l'y contraindre; Plaignez-vous là-dessus, si vous osez vous plaindre.

LE COMTE

Oui, jeme plains, madame, etvouscroycz en vain Pouvoir justifier ce barhare dessoin. Si vous m'aviez aimé, vous auriez parvous-méme Connu que l'on perd tout, quand on perd ce qu'on

[aime, Et que l'affreux supplice où vous me condamniez. Surpassait tous les maux dont vous vous étonniez. Votre dure pitié par le coup qui m'accable, Pourcraindre unfauxnialheur, m'enfaitun vérila- Etquepeutmc servirle destin le plus doux? [ble. Avais-je à souhaiter un autre bien que vous? Je méritais peut-être, en dépit de la reine. Qu'à me le conserver vous prissiez quelque peine. Une autre eût refusé d'immoler un amant. Vous avez cru devoir en agir autrement. Mon cœur veut révérer la main qui le déchire, Mais, encore une fois, j'oserai vous le dire. Pour moi contre ce cœur votre bras s'est armé. Vous ne l'auriez pas fait, si vous m'aviez aimé.

LA DUCHESSE

Ah! Comte, plût auciel,pourflnirmon supplice, Qu'un semblable reproche eût un peu de justice ! Je ne sentirais pas avec tant de rigueur Tout mon repos céder aux troubles de mon cœur; Pourvousau plus haut point ma flammeétaitmon- Je n'en dois point rougir, vous l'aviez méritée ; [tée. Et le comte d'Essex, si grand, si renommé, M'aimant avec excès, pouvait bien être aimé. C'est dire peu, j'ai beau n'être plus à moi-même. Avec la même ardeur je sens que je vous aime, Et que le changement où m'engage un époux. Malgré ce que je dois, ne peut rien contre vous. Jugez combien mon sort est plus dur que le vôtre, Vous n'êtes point forcé de brûler pour un autre ; Et, quand vous me perdez, si c'est perdre un grand

[bien, Du moins, en m'oubliant vous pouvez n'aimer rien. Maisc'est peu quemon cœur, dans madisgràceexlrè- Pour suivre son devoir, s'arracheà ce qu'il aime; [me Il faut par un effort pire que le trépas. Qu'il tâche à se donner à ce qu'il n'aime pas. Si la nécessité de vaincre pour ma gloire Vous fait voir quels combats doit coûter la victoire. Si vous en concevez la fatale rigueur, Ne m'ôtez pas le fruit des peines de mon cœur.

C'est pour vous conserver les bontés de la reine. Que j'ai voulu me rendreà moi-mêmeinhumaini'-, De son amour pour vous elle m'a fait témoin, .Ménagez-en l'appui, vous en avez besoin. Pour noircir, abaisser vos plus rares services. Aux traits de l'imposture on joint mille artifices; Kt l'honneur vous engage à ne rien oublier Pour repousser l'outrage, et vous justifier.

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