‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 1401 sur 1518 · SCÈNE II ELISABETH, TILNEY · texte numérisé non relu

SCÈNE II ELISABETH, TILNEY

ELISABETH

Enfin, perfide, enfin ta perte est résolue; C'en est fait, malgré moi, toi-même l'as conclue. De ma lâche pitié tu craignais les effets. Plus de grâce, tes vœux vont être satisfaits. Ma tendresse emportait une indigne victoire, Je l'élouffe, il est temps d'avoir soin de ma gloire ; Il est temps que mon cœur justement irrité Instruise l'univers de toute ma fierté.

Quoi, de ce cœur séduit appuyant l'injustice. De tes noirs attentats tu l'auras fait complice; J'en saurai le coup près d'éclater, le verrai. Tu m'auras dédaignée, et je le souffrirai? Non, puisqu'on moi toujours l'amante te fit peine, Tu le veux, pour te plaire il faut paraître reine, Et reprendre l'orgueil que j'osais oublier, Pour permettre à l'amour de te justifier.

LE COMTE D'ESSEX, ACTE 111, SCÈNE lU.

TII,XEY.

A croire cet orgueil peut-ôlre un peu Iroji promple, Vous aviv. cousenti qu'on ait jugé le comte. On vieul de prononcer l'arrct île sou trépas, Chacun tremble pour lui, mais il n<; mourra pas.

IÎLIS.4BETH.

Il ne mourra pas, lui? Non, crois-moi, lu l'aluiscs, Tu sais son attentat; est-ce (|ue tu l'excuses, Et que de son arrêt blAmant l'indignité, Tu crois qu'il soit injuste ou trop précipité? Penses-tu, quand l'ingrat contre moi se déclare, Qu'il n'ait pas mérité la mort qu'on lui prépare, Et que je venge trop, en le laissant périr. Ce que par ses dédains l'amour m'a fait soutlVir ?

TILNEY

Que cet arrêt soit juste, ou donné par l'envie. Vous l'aimez, cet amour lui sauvera la vie; Il tient vos jours aux siens si fortement unis. Que par le môme coup on les verrait finis. Votre aveugle colère en vain vous le déguise, Vous pleureriez la mort que vous auriez permise; Et le sanglant éclat qui suivrait ce courroux. Vengerait vos malheurs moinssur lui que sur vous.

ELISABETH

Ah, cruelle! Pourquoi fais-tu trembler ma haine? Est-ce une passion indigne d'une reine.

Et l'amour qui me veut empocher de régner. Ne se lasse-t-il point de se voir dédaigner? Que me sert qu'au dehors, redoutable ennemie. Je rende par la paix ma puissance affermie. Si mon cœur au dedans tristement déchiré. Ne peut jouir du calme où j'ai tant aspiré ? Mon bonheur semble avoir enchaîné la victoire. J'ai triomphé partout, tout parle de ma gloire; Et d'un sujet ingrat, ma pressante bonté Ne peut, même en priant, réduire la fierté. Par son fatal arrêt plus que lui condamnée, A quoi te résous-tu, princesse infortunée? Laisseras-tu périr sans pitié, sans secours. Le soutien de ta gloire, et l'appui de tes jours?

TILNEY

Ne pouvez-vouspas tout? Vous pleurez?

ELISABETH

Oui, je pleure.

Et sens bien que s'il meurt il faudra que je meure. 0 vous, rois, que pour lui ma flamme a négligés. Jetez les yeux sur moi, vous êtes bien vengés ; Une reine intrépide au milieu des alarmes. Tremblante pour l'amour, ose verser des larmes. Encor s'il était sûr que ces pleurs répandus. En me faisant rougir, ne fussent pas perdus. Que le lâche presse du vif remords que donne... Qu'en penses-tu? Dis-moi, le plus hardi s'étonne: L'image de la mort, dont l'appareil est prêt, Fait croire tout permis pour en changer l'arrêt. Réduit à voir sa tête expier son oflcnsc. Doutes-tu qu'il ne veuille implorer ma clémence. Que sur que mes bontés passent ses attentats...

TILNEY

Il doit y recourir; mais, s'il ne le fait pas?

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