‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 1464 sur 1518 · SCÈNE XI MADAME JOIBIN, LE MARQUIS · texte numérisé non relu

SCÈNE XI MADAME JOIBIN, LE MARQUIS

MADAME JOBIN

Hé bien, monsieur, votre Languedocienne?

LE MARQUIS

Elle a eu peur. Cela est pardonnable à une femme. Vous m'avez surpris, je vous l'avoue. Je ne croyais pas que vous pussiez deviner que nous vous trompions, et je trouve cela plus étonnant que si vous nous aviez fait voir votre démon familier.

MADAME JOBIN

Il sera toujours fort malaisé qu'on me trompe. Je pratique certains esprits éclairés...

LE MARQUIS

Laissons vos esprits, cela est bon à dire à des dupes. J'ai couru le monde, et je sais peut-être quelques secrets que vous seriez bien aise d'apprendre. Il est vrai que tout ce que je vous ai dit de la dame languedocienne, n'était qu'un jeu. Elle est femme d'un gentilhomme qui est venu ici pour suivre un procès, et vous avez parlé en habile devineresse, quand vous avez dit que je ne l'avais ai enlevée ni épousée. Entre nous, par où avez-vous pu le savoir ?

MADAME JOBIN

Par la même voie qui me fera découvrir, quand

je le voudrai, si ce que vous me dites présentement est vrai ou faux.

Vous voulez encore me parler de vos esprits? Est-ce avec moi qu'il faut tenir ce langage? J'ai cherché inutilement en mille lieux ce qu'on dit que vous faites voir à bien des gens, et il y a longtemps que je suis revenu de tous ces contes. Je vous parle à cœur ouvert, faites-en de même. Avouez-moi les choses comme elles sont. Je ne suis pas homme à vous empêcher de gagner avec les sots. Chacun doit faire ses affaires en ce monde ; et depuis le plus grand jusqu'au plus petit, tous les personnages ([u'on y joue ne le sont que pour avoir de l'argent.

MADAME JOBIN

Comment de l'argent? Pour qui donc me prenez-vous? Il n'y a point d'illusion dans ce que je fais. Je tiens ma parole à tout le monde, et je la voudrais tenir au diable, si je lui avais promis quelque chose.

LE -MARQUIS

Je le crois. Il faut bien tenir parole aux honnêtes gens. Mais, encore un coup, madame Jobin, avouez-moi que votre plus grande science est de savoir bien tromper. Je vous en estimerai encore davantage. Je louerai votre esprit, et si vous me voulez apprendre vos tours d'adresse, je vous les paierai mieux que ne font les faibles à qui vous faites peur par là.

MADAME JOBIN

C'est trop m'insulter, gardez de vous en trouver mal. Je n'ai aucun dessein de vous nuire; mais ou pourrait prendre ici mon parti, et quoique vous ne voyiez personne, on vous entend.

LE MARQUIS

Vous parlez à un homme assez intrépide. Je me moque de tous vos diables. Faites-les paraître, je les mettrai peut-être bien à la raison, (ta devineresse paraît en fiirie^ marche avec précipitation^ regarde en hmiteteu ba^^inartnotte quelques paroles, après quoi on enteudle tunnerreeton voit de grands éclairs dans la chemi-

HIC.) Quelle bagatelle ! Je fei'ai tonner aussi quand il me plaira. Mais il me sembleque j'ai vu tomber quelque chose. Encore? Un bras et uue cuisse?

MADAME JOBIN

Il faut voir le reste.

LE MARQUIS

Je le verrai sans trembler.

[Les autres parties du corps tombent par la cheminée.) MADAME JOBIN.

Peut-être. De plus hardis que vous ont eu peur. D'où vient ce silence ? Vous êtes tout interdit.

LE MARQUIS

Je ne m'étais pas attendu à cette horreur. Un coi'ps par morceaux. Assassine-t-on ici les gens ?

MADAME JOBIN

Si vous m'en croyez, monsieur, vous sortirez.

r ^^ ^ j.^ re^oz^fi^nt. et U cmj>s ttlo/tc/ic .

LA DEVINERESSE, ACTE IV, SCÈNE I

LE MARQUIS

Moi, sortir ?

Ne Je cachez point. Vous voilà ému.

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