‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 1465 sur 1518 · I.E MARQUIS · texte numérisé non relu

I.E MARQUIS

J'ai un peu d'émotion, je vous le confesse; mais elle ne m'est causée que par le malheur de ce misérable.

MADAME JOBIX.

Puisque son malheur vous touche tant, je veux

lui rendre la vie. [Elle Jail signe de la main. Le tonnerre el les éclairs redonhlent^ et pendant ce temps les parties du corps s'approchent, se rejoignent, le corps se lire, marche el vient jusqu'au milieti du thédire.)

Vous reculez. Vous baissez les yeux. Vous vous laites une honte de me dire que vous avez peur. Je veux oublier que vous m'avez insultée, et faire finir la frayeur où je vous vois. {Elle parle au corps dont les parties se soH/jomfes.) Retournez au lieu d'où vous venez, et remettez-vous dans le même état où vous étiez avant le commandement que je vous ai fait de paraître.

{Le corps s'abîme dans le milieu du Ihiàlre.) LE MARQUIS.

Où donc est tout ce que j'ai vu? Il me semble qu'un homme a fait quelques pas vers moi, je serais bien aise de lui parler. Qu'est-il devenu?

MADAME JOBIX.

La voix vous tremble ! Vous m'aviez bien ditque vous étiez intrépide.

LE MARQUIS

J'ai vu des choses assez extraordinaires pour en avoir un peu de surprise; mais pour de la peur, vous me faites tort si vous le croyez.

Vous avez pourtant changé de visage plus d'une fois. Que serait-ce si je vousavais fait voir ce que vous avez tant cherché inutilement?

LE MARQUIS

Je vous donne cent pistoles, si vous le faites.

MADAME JOBIS.

Vous en mourriez de frayeur.

LE MARQUIS

Je ne me dédis point de cent pistoles. Si vous pouvez me montrer le diable, je dirai que vous êtes la plus habile femme du monde.

MADAME JOBIN

Revenez demain, et faites provision de fermeté.

LE MARQUIS

Quoi, c'est tout de bon !

MADAME JOBIX.

C'est tout de bon. Nous verrons si vous soutiendrez sa vue. Yiendrez-vous?

LE MARQUIS

Si je viendrai ? Oui. Mais répondez-moi que ma vie sera en sûreté.

MADAME JOBIN

Elle y sera, pourvu que la peur ne vous l'ôte pas.

Ne puis-je amener personne avec moi?

MADAME JOBIN

Non, il faudra que vous soyez seul.

LE MARQUIS

Adieu, madame, vous aurez demain de mes nouvelles.

MADAME JOBIN, Seule.

Il y pensera plus d'une fois. S'il vient, il n'est hardi qu'en paroles, et puisqu'il a déjà tremblé du corps par morceaux, le diable que je prétends lui montrer le fera trembler bien autrement.

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