SCÈNE VI D. ALVAR, GUZMAN
D. ALVAR
Jamais fou plus avant poussa-t-il sa folie?
S'il n'amende bientôl, il faudra qu'on le lie : Mais tantôt à vous voir j'ai resté tout confus. Vous soupiriez?
D. ALVAB.
Hélas! ne t'en étonne plus.
Je meurs pour Isabelle, et mon àme asservie...
GUZMAN
Nous m'avez déjà dit qu'elle vous doit la vie, Et je devine trop que cet événement...
D. ALVAR
Est la source des maux que je souffre en aimant. J'ai rencontré la mort dans mon champ de victoire, Et j'en viens de conter la pitoyable histoire : Que si jusques ici je l'en ai fait secret. On m'en avait prié, Guznian; je suis discret.
GUZMAN
Je crois, si don Bertrand savait ce qui se passe. Qu'il vous en pourrait faire assez laide grimace. Et que Léonor même en ayant quelque veut, S'en évanouirait encore plus souvent, Car elle vous en veut, monsieur.
D. ALVAH.
La digne amante 1
GUZMAN
Elle vous est, je pense, assez indifférente?
D. ALVAR
Si pesante de corps, et l'esprit si léger,
Sœur d'un frère si fou, qui voudrait s'en charger?
Mais elle te parlait tantôt?
GUZMAN
Oui, pour me dire Qu'elle veut cette nuit vous conter son martyre. Qu'elle ne fermera sa porte qu'à demi.
Et que quand vous croirez don Bertrand endormi, Vous alliez la trouver, elle vous fera fête; .N'y manquez pas.
D. ALVAR
J'ai bien d'autres soucis en tète.
GUZMAN
Quels?
D. ALVAR
J'aime.
GUZ.MAN.
Je le sais. Qu'est-ce encor, qu'avez-vous?
D. ALVAB.
Lin mal beaucoup pi us grand, Guzman,jesuisJaloux.
GUZMAN
Déjà?
D. ALVAR
Ce cavalier me donne de l'ombrage.
Qui voulait avec nous achever le voyage : Il ne s'est point ici rencontré sans dessein; Sans doute un même feu nous échauffe le sein? Isabelle le charme, il la suit, et peut-être 11 a gagné son cœur, il s'en est rendu mailre. Cuzman, s'il est ainsi, ma flamme a peu d'espoir.
GUZMAN
Il n'est pas malaisé, monsieur, de le savoir : 11 a certain valet que je crois fort capable De faire d'un secret confidence amiable. Je lui saurai ce soir tàter le pouls de près.
D. ALVAR
Parle donc, et de tout nous résoudrons après.