SCÈNE IV
M. GILET, avec un habit de cavalier, MADAME JOBIN.
Ah! Ma chère madame Jobin, me reconnaissezvous bien ?
MADAME JÛBL\.
Je regarde. Comment? C'est monsieur Gilet.
M. GILET
En poil et en plumes. Avec cet habit, voyez, ne peut-on pas devenir mesire de camp?
MADAME JOBIN
Et par delà même.
M. GILET
Je n'en trouvai poiut hier à ma fantaisie chez mon tailleur. J'ai fait l'aire celui-là exprès. Il a travaillé toute la nuil. Voyez-moi partout. Est-ce là un air?
MADA.ME JOBIN.
Admirable, d'un de ces hommes de guerre qui se sont trouvés à cinquante assauts.
M. GILET
Je m'y ferai voir. Franchement l'habit fait bien le soldat. Celui-ci m'inspire une envie de dégainer... Je me donne au diable, à l'heure qu'il est, je tuerais cent hommes.
MADAME JOBIN
Il ne faut pas être si brave dès le premier jour.
M. (ilLET.
J'irai loin, ou il n'y aura point de guerre. Trois ou quatre sots qui avaient un peu de familiarité avec moi, m'ont dit impcrtinemment qu'il fallait que je fusse fou de métré fait habiller ainsi. J'ai
tiré l'épée, le petit doigt (comme vous me l'avez appris) ferme. Ils m'ont regardé, se sont retirés en feignant de rire, et pas un d'eux n'a ose branler.
MADAME JOUIN
Je le crois. Ils n'y auraient pas trouvé leur compte.
M. GILET
L'épée est divine. Quel trésor! Avec ce petit doigt-là, je défierais tout un escadron.
MADAME JOBIX.
Vous en viendriez à bout; mais ne laissez pas de vous modérer jusqu'à ce que vous soyez à l'armée.
M. GILET
J'aurai bien de la peine à me retenir.