SCÈNE III BRADAMAME, MARPHISE, ISMÈNE, DORALISE
MARPHISE
Avouez-le, madame, il faut de la constance Pour regarder le sceptre avec indifférence ; Et Léon, dont l'hymen vous doit faire régner, Est d'un rangque sans peine on ne peut dédaigner ; Il vous en aura peint le solide avantage. Quelquefois à céder un moindre charme engage. Et je nesaispourquoije veux craindre aujourd'hui Que vous ne combattiez moinspour vous que pour Pardonnez cette crainte à l'amitié sincère [lui. Qui me fait partager les sentiments d'un frère. Roger de votre amour se fait un tel bonheur, Que, s'ilfallaitvous perdre, il mourrait dcdoulour.
Roger a mérité cette noble tendresse
Qui fait que dans son sort une sœur s'intéresse
Mais de pareils soupçons me sont injurieux,
Et Marphise devrait me connaître un peu mieux.
C'est peu que pour Roger j'aie osé de mon père,
Par d'éclatants refus, m'attirerla colère.
Sur vingt amants vaincus mon triomphe a de quoi
Justifier ma flamme, et signaler ma foi ;
Et je puis mépriser ce qu'on en voudra croire,
Quand desisùrs témoins répondent de ma gloire.
MARPHISE
Vingtamants, il est vrai, n'ont que pour leur mal- Osé de votre bras éprouver la valeur, [heur Maisleurscfforistrompés n'ont rien qui nous étonne. Ces vingt amants vaincus n'avaient point de couron- Et Léon contre vous après tantdc combats, [ne ; A des secours plus forts que celui de son bras.
HRADAMANTE.
El si cette couronne a pour moi tant de charmes, Quel motif m'a portée à recourir aux armes ? Par ses ambassadeurs Constantin me l'offrait, Léon par son hymen à mes vœux l'assurait. Pour ne l'accepter pas je me suis déclarée ; Et la foi qu'à Roger j'ai de nouveau jurée, Ne laissant nul espoir d'ébranler mon amour, M'a fait pendant six mois, exiler do la cour. Sur moi par ses rigueurs qu'a pu le duc mon père?
MARPHISE
Ce fut sans doute aimer que braver sa colère;
Mais à qui vous vaincra promettre votre main,
C'est rendre de l'amour le triomphe incertain.
Si de l'ambition vous êtes possédée,
On impute au hasard la victoire cédée ;
Et le nom de vainqueur que vous donne un époux,
Met Léon en état d'être digne de vous.
On peut se repentir d'un refus magnanime.
BRADAMANTE
Je puis ne vaincre pas, vousm'enfaites un crime;
Mais quel moyen plus sûr, ai-je eu de m'engager
A devenir le prix de l'amour.de Roger?
Mon père sur mes vœux par Là n'a plus d'empire.
Aux lois de mon défi le roi l'a fait souscrire ;
Et tout favorisant un si noble dessein.
Il ne tient qu'à Roger démériter ma main.
Quand aie couronnerl'amour par moi s'apprête.
Que ne vient-il, l'ingral, disputer sa conquête?
Mais peut-être qu'ailleurs un mérite éclatant
L'arrête en des liens...
MARPHISE
Lui ! le croire inconstant ? Ah ! vous voulez changer.
BRADAMANTE
C'en est assez, madame, Soupçonnez ma conduite, et doutez de ma flamme, Le champ s'ouvre; aujourd'hui monbras doit être Etvous saurez bientôt si Roger est aimé. [armé,