‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 1492 sur 1518 · SCÈNE I ROGER, MARPHISE · texte numérisé non relu

SCÈNE I ROGER, MARPHISE

ROGER

Oui, ma sœur, dans ses yeux j'ai vu toute la joie Qu'à revoir un amant un tendre cœur déploie. Sa surprise mêlée à ses ravissements.

Donnait à sa beauté de nouveaux agréments ; Et depuis que sa foi me répond de sa flamme, Jamais transport si doux n'avait saisi mon àme. Il a fallu d'abord lui conter quel destin M'avait de son absence augmenté le chagrin. Mon départ, de Léon rendait la mort certaine ; Et, lorsqu'elle a connu que contraire à ma haine, Par d'imprévus retours le ciel avait permis Qu'après nous être vus nous devinssions amis...

MARPHISE

Vous, ami de Léon? Quelle humeur inconstante...

ROGER

Vous m'allezcondaraner comme a fait Bradaraante? Mais quand j'airae Léon, au lieu de me blâmer, Voyez si je me puis défendre de l'aimer.

MARPHISE

En vain cette amitié vous paraît excusable. Par où Léon pour vous en sera-t-il capable? C'est vous, comme rival, qui causez ses ennuis, C'est vous...

Léon ignore encore qui je suis.

M'ayant sauvé le jour, généreux, magnanime, Il ne connaît en moi qu'un ami ([u'il estime; Et le faux nom d'Hyppalque a caché jusqu'ici Ce rival, dont enfin il doit être éclairci.

MARPHISE

Il ne vous croit qu'Hyppalque, et de voire pour- ROGER. [suite...

Vous sûtes mon départ, apprenez-en la suite. Désespéré de voir qu'Aimon trop rigoureux. Éloignant Bradamante, eût dédaigné mes vœux. Je regarde Léon comrae auteur de l'outrage; Et le cœur tout rempli de ma jalouse rage. Je pars, et dans la Grèce où l'on me voit voler A mon espoir trahi je cherche à l'immoler; J'approche de Belgrade, et j'y vois deux armées D'une ardeur inégale au combat animées.

Les Bulgares rompus commençaient à plier. Plus d'ordre, que la peur ne leur fit oublier. Léon qui s'assurait déjà de la victoire, Par la mort de leur roi s'était couvert de gloire ; Et d'un si rude coup ces peuples étonnés. Au désordre, à l'effroi s'étaient abandonnés; Toutparlaitdu vainqueur; la fureur dans mon âme, A ce nom odieux, et s'excite et s'enflamme ;

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