BRADAMANTE, ACTE II, SCÈNE H
Je plains ses ennemis, et pour les dérober Au bras victorieux qui les l'ail succomber. J'embrasse leur parti, les i)resse, exhorte, anime. Verse du saug partout, joius victime à victime Etdanschaque ennemi croyant voir mon rival, ] tal. Rends aux plus fiers d'entre eux mon désespoir fa- J'iutimide lesGrecs, remplis leur camp d'alarmes; Et découvrant un chef que distinguent ses armes. Je le prends pour Léon, le suis de rang en rang. Le renverse, et le laisse expirer dans son sang. Les Bulgares bientôt ont l'entier avantage, Tout leur cède, et la nuit t'ait cesser le carnage. Cependant leur fureur dont j'étais occupe M'ayant poussé trop loin, je suis enveloppé Par un gros d'ennemis qui contre moi s'unissent. Pressé de toutes parts, je cède, ils me saisissent, Me mènent en triomphe, et rendent Constantin, Lorsqu'il l'attend le moins, maître de mon destin. Il veut savoir mon nom; après un long silence Jeprends celuid'Hyppalque, etcachemanaissance. Léon vient. Cet objet me remidit de fureur, Et l'entendant pour moi conjurer rem[)ereur. Demander qu'on me traiteen guerrier magnanime, Je réponds fièrement à ces marques d'estime. Du palais, qui m'était pour prison destiné, Dans un cachot obscur je suis bientôt mené. Point de grâce pour moi, quoique Léon l'implore; J'avais versé le sang d'un fils de Théodore. De Constantin son frère elle obtient aisément Qu'on immole ma vie à son ressentiment.
HABPUISE.
Ah ! que m'appreaez-vous ?
ROGER
La mort la plus cruelle Pour remplir sa fureur à peine suffit-elle. Sa vengeance médite un supplice nouveau ; Et j'attendais la main d'un infâme bourreau, Quand un libérateur, qu'à ma défense anime D'une honteuse mort l'arrêt illégitime.
Vient la nuit me tirer de cet affreux séjour, Où jamais le soleil ne fit entrer le jour. Le croirez-vous, ma sœur? C'était Léon lui-même, Qui me veut pour ami, demande que je l'aime; Et qui, dans un vaisseau qu'il faisait tenir prêt. Met ma vie à couvert d'un si funeste arrêt, [charme! Qu'un bienfait aux grands cœurs est un sensible Je veux perdre Léon, sa vertu me désarme. S'il est jamais au trône, il m'en donne sa foi, L'empire est moins à lui qu'il ne doit être à moi; Et l'appui de mon bras dont la valeur l'étonné, Lui tiendra toujours lieu de plus d'une couronne. Je m'embarcfue, et trouvant un malheur sans égal A n'être plus en droit de ha'ir mon rival, Confus, irrésolu, je prends diverses routes, Je n'en choisis aucune, et les suis presque toutes, Tant qu'enfin las d'errer, après mille dangers, Je descends inconnu sur des bords étrangers. Je n'y suis pas longtemps que l'on me fait entendre Quel généreux parti Bradamante a su prendre.
Son défi me console autant qu'il me surprend ; Je cède plein de joie à l'espoir qu'il me rend, Reviens sou<lain en France, et ma surprise aug-
[mcnte Quand je sais que Léon y combat Bradamante; Je le croyais en Grèce où je l'avais laissé.
MAnPHlSE.
L'amour en ce combat est juge intéressé. iN'apiiréhendez-vous point qu'il ose la contrainnoGER. [dre...
Unauuinl bien touché peut-il aimer sans craindre? Bradamante vaincra, je connais sa valeur; Mais la voir exposée est toujours un malheur. Léon est un guerrier, qui, fameux, redoutable. Avant que tout céder sera de tout capable. Son amour sans espoir s'il ne triomphe pas, En dépit de lui-même animera son bras.
Ce qui peut arriver me gêne, m'épouvante. Hélas, s'il en coulait du sang à Bradamante ! Léon peut la blesser sans en être vainqueur.
MARPIIISE.
Ah ! Craignez bien plutôt les blessures d'un cœur, En faveur de Léon qui cherchait à lui plaire. Depuis un mois entier le combat se diffère. Elle a souffert ses soins, l'a toujours écouté.
ROGER
Moi, prendre aucun soupçon de sa fidélité ? Après ce qu'elle a fait, ce qu'elle fait encore, Constante, généreuse, il faut que je l'adore; Toujours également sa flamme se soutient, L'absence, ni le temps...
MARPHISE
Je l'aperçois qui vient; Parlez-lui; mais songez qu'en cédant la victoire. Elle s'assure un trône, et tremblezpoursagloire.