‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 161 sur 1518 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

D. ALVAR, LIlOiNOR, évamnh, ISABELLE, JACINTE, GUZMAiN.

ISABELLE, bas (i Jncintr.

Que vois-je, juste ciel!

D. ALVAR

Enfin, je vous adore, Ma chère Léonor, respirez-vous encore?

D'un coup d'œil pour témoins répondez à ma voix

ISABP.LLE.

Ne dissimule plus, traître je te connais; Je vois les sentiments d'une âme toute lâche, Qui sous un faux semblant se déguise et se cache ; C'est donc là ce beau feu dont tu t'osais vanter? C'est là ce digne amour dont tu m'osais flatter?

D. ALVAR

Madame...

ISkBELLE.

11 me suffit. Ne cherche point d'excuses. Don Félix obtiendra ce cœur que tu refuses, II sera mon époux, je le hais; mais enfin J'obéis pour te plaire, à mon cruel destin; Et pour me punir mieux d'avoir dit que je t'aime, Je ne veux me venger de toi que sur moi-même.

D. ALVAR

Ah! ne punissez pas avec tant de rigueur Un crime de ma langue, et non pas de mon cœur. Ne vous alarmez point d'une si vaine flamme, Que, feignant de nourrir, je désavoue en l'âme : De peur que don Bertrand, par un soupçon jaloux. N'ose s'imaginer que je brûle pour vous. Exprès pour Léonor je me feins l'ànie atteinte.

Puisqu'il ne t'entend point, àquoi bon cette feinte? Va, tu n'es qu'un ingrat.

n. ALVAR.

Quel malheur est le mien !

N'écoutcrcz-vous point...

Non, je n'écoute rien.

D. ALVAR

Je ne vis que pour vous, seule je vous adore. Votre amour fait ma joie, en faut-il plus encore? J'abhorre Léonor, et par de vains efforts...

LÉOXOR, se levant tout ù coup.

Traître, perfide...

OrZMAN.

A l'aide ! Elle a le diable au corps.

LÉONOR

Il faut te déclarer, imposteur, il faut dire Pour laquelle de nous Ion lâche cœur soupire; Et pour elle et pour moi tu feins les mêmes feux? L'aimes-tu; m'aimcs-lu? Qui trompes-tu des deux?

ISABr.l.l.K.

Lève le masque enfin, il faut cesser de feindre.

GUZMAN

Trente sergents enqueuc il serait moins àplaindre.

LÉOXOR.

Parle donc, à laquelle as-tu donné ta foi? Est-ce à moi, dis, parjure?

Infidèle, est-ce à moi?

LÉONOR

Suis-je l'objet d'amour?

Suis-je celui de haine?

GUZMAN

Je n'avais jamais vu jusqu'ici d'âme en peine, J'en vois une à présent.

LÉONOR

Réponds.

D. ALVAR

J'aime, je dis...

LÉONOR

Tu clierches à fourber puisque lu l'interdis : Mais pourquoi si tu mets tous tes soins à lui plaire, Cette nuit dans machamlire as-tu feint le contraire? Pourquoi m'as-tu juré pour l'en justifier...

D. ALVAR

Oh, moi, que dans sa chambre...

LÉOXOR.

Oses-tu le nier?

Tu l'aimes donc, perfide?

D. ALVAR

Isabelle, de grâce, Daignez ou'ir...

LÉONOR

Pour moi tu n'es donc que de glace?

D. ALVAR

Léonor.

GUZMAN

Comment diable en viendra-t-il à bout?

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