DON BERTRAND DE CIGARRAL, ACTE IV, SCÈNE IV
D. UKHTIIAND.
Vous ne me direz rien que de forl à propos?
D. FKLIX.
Vous m'en remercierez.
D. BERTRAND
Parlez donc, car je pense Une je suis vn humeur de donner audience.
D. FÉLIX
Je meurs pour Isabelle; et cet objet vainqueur, Malgré ma résistance, a captive mon cœur; Je l'adore.
D. BERTRAND
Taus pis, si vous n'êtes en grâce.
Depuis combien de temps lui donnez-vous lâchasse?
D. FÉLIX
Depuis un an ou deux.
C'est bien s'être aveuglé.
Que souffrir si longtemps son es|u-it déréglé; Car vous en aurez vu quelques extravagances?
D. FÉLIX
L'amour se fortifie au milieu des souffrances : J'ai langui sans murmure, et toujours espéré CHi'eiifin je pourrais voir son esprit modéré; Le temps dissipe encor de plus sombres nuages.
D. BERTRAND
D'uu réciproque amour avez-vous quelques gages?
D. FÉLIX
J'ai pousséjusqu'ici mille soupirs en vain; Mais se voyant réduite à vous donner la main. Avec moi celte nuit elle s'esl déclarée; J'ai reçu de sa flamme une preuve assurée; Uq doux oui de sa bouche, après tant de mépris. De ma constance enfin se trouve être le prix.
D. BERTRAND
Quoi, vous ayant toujours fait mine peu civile. Celle nuit seulement elle a changé de style?
D. FÉLIX
Et n'est-ce pas assez ?
D. BERTRAND, Ù Guzmail.
Je gagerais ma peau, Qu'elle croyait parler à l'homme à son taureau, El que sa vision lui tenait à la tèle. Mais passons outre. Enfin , quelle est votre requête ?
D. FÉLIX
Que sachant qu'elle m'aime, et ne vous aime point, Vous ne sépariez pas ce qui semble être joint; Et sans pi us la contraindre à ce qu'elle appréhende...
Ah! si je la contrains, je veux que l'on me pende; Mais aussi, si je fais ce coup d'ami pour vous. Vous satisferez l'hôte, et vous paierez pour tous : Je fis hier, par amour, dépense assez compléle, Et je vous y transporte et mon droit et la dette.
D. FÉLIX
J'accepte l'un et l'autre.
D. BERTRAND
A la bonne heure, soit :
Mais avec(|ue ma sœur la voici qui parait;
Je veux tout maintenant vous eu faire remise.