SCÈNE X
ISABELLE, D. G.VRCIE, D. BERTH.JiND, LÉONOR, JACINfE, GLZM.VN.
lACI.NTE, à Isabelle.
Jouez bien votre rôle.
D. BERTRAND
Hé bien, la belle, enfin nous tiendrez-vous parole?
Oui, si vous m'assurez qne mon père avec vous Consent que cet amant devienne mon époux.
D. GARCIE
Que dit-elle?
Ah ! Mon père, il m'a sauvé la vie, Et la reconnaissance à l'aimer me convie. Je dois m'en souvenir jusque dans le tombeau.
D. GARCIE
De quoi?
Sans son secours un furieux taureau...
D. BERTRAND, à D. Garde.
Oyez, mais par ma foi, c'est méchanceté pure. Et vous savez fort bien où lui tient l'encloueure.
D. G.iRCIE.
J'ignore...
D. BERTRAND
Ignorez donc, il m'importe fort peu :
Je retire sans bruit mon épingle du jeu. De peur d'engendrer noise, usez-en tout de même.
D. GARCIE
Pensez-vous m'échapper avec ce stratagème?
De grâce, en ma faveur modérez ce courroux, Si le ciel de sa main me choisit un époux...
D. BERTRAND, « D. Garde.
C'est stratagème encore?
D. GARCIE
Explique ce mystère.
Aimes-tu donc ailleurs?
Je ne puis vous le taire.
Oui, j'aime, et je ne pus refuser mon amour Au généreux vainqueur à qui je dois le jour : D'un accident si triste et difficile ;ï croire. Sachez que don Alvar vous conta hier l'histoire. C'est une vérité que je ne puis nier, Puisque j'en suis la dame, et lui le chevalier, En me sauvant la vie il me fit sa captive. Et c'est pour lui qu'il faut désormais que je vive.
D. GARCIE
Tu voudrais l'épouser, lui qui n'a point de bien?
De tout ce qu'elle dit apprenez qu'il n'est rien : Celte obligation n'est en effet qu'un conte, Pour couvrir un amour dont l'aveu lui fait honte.
D. BERTRAND
Vous a-t-on demandé votre avis là-dessus? Vous tairez-vous jamais?
LÉONOR
Je ne me tairai plus.
Aussi bien il est temps de vous faire connaître Que don .\lvar vous fourbe, et que ce n'est qu'un Qu'il adore Isabelle. [traître,
D. BERTRAND, à Isabelle.
Est-il vrai, dites-moi.
Vous fait-il les yeux doux?
Il m'a promis sa foi.
D. GARCIE
Quelqueespoir qui le flatte, il pourra se méprendre. S'il prétend que sans bien je l'accepte pour gendre.
Après un tel bienfait...
D. GARCIE
Je sais ce qu'il te faut.
LÉONOR, à D. Bertrand.
Hé bien, contre^l'iugrat ai-je parlé trop haut?
Quand je vous eusse vue en compétence d'âge, Je voulais avec vous en faire un mariage, .Alème je l'appelais déjà mon héritier, Comme si j'eusse dû ne me point marier. Et le galant me joue? .\h, si je ne me venge...
LÉONOR
Je suis de votre avis si son humeur ne change; Mais s'il se résolvait enfin à m'épouser?
D. BERTRAND
Je suis bien ennuyé de vous ou'ir jaser; Sans cesse vous parlez si je ne vous fais taire. Mais voici mon cousiu.