DON BERTRAND DE CIGARRAL, ACTE V, SCÈNE XII
D. Al.VAR.
Moi, vous trahir!
D. BERTRAND
J'en sais plus que vous ne pensez, Et vous ferai bien voir que je suis liors de page : Vous n'avez subsisté que par le cousinage. Et sans moi qui fournis, peut-être dès demain ■Vous tireriez la laine, ou vous mourriez de faim?
D. ALVAR
Ce reproche est honteux.
D. BERTRAND
Je prenais Isabelle, Seulement sur le bruit qu'elle avait d'être belle; Car du reste, néant, elle n'a pas un sou.
D. Al.VAR.
Qu'on voulez-vous conclure?
ISABELLE, fi Jacinte.
Est-il un plus grand fou?
D. BERTRAND
Vous lui parlez d'amour au mépris de ma flamme? Mariez-vous sur l'heure, et la prenez pour femme. C'est par où je prétends me venger de tous deux : Elle, sans aucun bien, vous, passablement gueux; Allez, vous connaîtrez, plus tôt qu'il ne vous semble, Quel diable de rien c'est, que deux riens mis ensera- Dans la nécessité vous n'aurez point de paix, [ble. L'amour finit bientôt, la pauvreté, jamais. Alin que tout vous semble aujourd'hui lis et roses. J'aurai soin de la noce, et payerai toutes choses; Mais vous verrez demain qu'on a peu de douceur A dîner d'un " Ma vie, » à souperd'un n Mon cœur, » Et qu'on est mal vêtu d'un drap de patience Doublé de foi partout, et garni de constance.
D. .\LVAR, (1 Gnzmotl.
Écoutons le beau-père avant que de parler.
LÉONOR, Il D. Berirnnd.
Quoi, sur sa trahison loin de le quereller...
Où je parle, où je suis, c'est à vous de vous taire, Je vous l'ai dit cent fois, vous n'en voulez rien faire : Parlez tout votre saoul, ma sœur, mais sur ma foi. Vous ne vous marierez jamais non plus que moi : Je hais qui comme vous incessamment babille, Etpourvousen punir, vous mourrez vieille fille; Allez, n'en doutez point, c'est un coup sur pour vous.
GUZMAN
Elle sort bien outrée.