DON BERTRAND DE CIGARRAL, ACTE V, SCÈNE XII
GUZUAN.
Aussi me fait le mien ; Mais si vous l'épousez, pensez aux couséquences.
D. BlilITHAN'U.
J'y pense, j'y repense, et ])liis que tu ne penses; Et je trouve, après tout, qu'il est fort à propos Que je ne fasse point nombre parmi les sots : Déjà la confrérie est assez belle et grande, Sans m'aller de surcroit mettre encor delà bande. Jesuisvieux, elle estjeune, et n'a pas l'esprit droit. Et si j'en réchappais, le diable s'en pendrait.
D. GARClli, <i D. Bertrand.
Enfin voire dessein...
M. BEHTRAXD.
Vous avez grande hâte, Laissez-moi prendre avis, rien eucor ne se gâte.
D. GARCIE
C'est trop délibérer.
D. BERTRA.ND.
Ah! le pressant grison Qui fait le raisonnable, et parle sans raison ! Puisqu'aussi bien pour nous c'est un mal nécessaire, J'aimerais mieux avoir deux femmes qu'un beau- Avecque bouche à cour, et deux mille ducats, [père. Je crois que mon cousin ne vous déplaira pas. De pareil revenu j'ai certain héritage [rage,
Que je lui donne en propre, et dont pourtant j'en- Mais je mérite bien qu'on rie à mes dépens.
D. GARCIE
A ces conditions nous sommes tous contents.
D. BERTRAND, à D. Alvar.
Vous l'êtes donc aussi?
Pour avoir lieu de l'être
Sa folie est trop grande, et se fait trop i^ai'ailre, J'aurai bien à souffrir d'un esprit si léger; Mais [lour vous satisfaire et pour vous obliger...
D. BERTRAND
Si, jeune, vous craignez son esprit peu traitable, Vieux, elle me ferait donner cent fois au diable : Pour m'en débarrasser donnez-lui votre foi.
D. ALVAR, à D. Garde.
Cet ordre à mon amour est une douce loi ;
Mais si vous n'approuvez le beau feu qui m'anime...
D. GARCIE
Pour ne pas l'approuver, j'ai pour vous trop d'estime Et si de l'intérêt écoutant la chaleur...
D. ALVAR
De grâce, oublions tout.
D. BERTRAND, regardant tic tous cô'és.
Je ne vois point ma sœur.
Je crois de cet hymen qu'elle est peu réjouie.
GUZ.MAN.
Je pense bien plutôt qu'elle est évanouie, L'hôtesse tout à l'heure appelait au secours.
D. BERTRAND
Le chien et le sot mal qui la prend tous les jours!
Allons voir ce que c'est.
D. ALVAR, à Isabelle.
Puis-je espérer, madame.
D. BERTRAND, revenant apris avoir fait quatre on ànqims pour s'en aller, et séparant D. Àh'ar d'avec Isabelle.
Peut-être que ma sœur est prête à rendre l'âme, Et vous voulez ici faire le gracieux?
D. ALVAR
Suivons, et devant lui ne parlons que des yeux.