‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 201 sur 1518 · SCENE V OROxNTE, CLITON · texte numérisé non relu

SCENE V OROxNTE, CLITON

CUTON.

Elle est modeste et sage, Et le plus défiant n'en prendrait pas ombrage, Sa conduite est réglée, et sans ce grand défaut Qui la fait vous aimer un peu plus qu'il ne faut. Elle serait féconde en qualités exquises.

OnOXTE.

Tu vas tout de nouveau débiter cent sottises.

CUTON.

Jamais d'un autre amant elle ne fit de cas! Dites encor, monsieur, que vous n'enragez pas.

ORONTE

A quel sujet?

CLITOX.

Pourquoi déguiser de la sorte?

Vous enragez, vous dis-je, ou le diable m'emporte. Verriez-vous sans dépit deux amours à vau-l'eau?

OllONTE.

Leur perte à mon humeur offre un jeu tout nouveau. Et dès que je verrai Dorotée ou Lucie...

CLITOX.

Quoi, vous leur parlerez?

OaONTE.

Oui, j'en brûle d'envie :

C'est là que je prétends étaler à leurs yeux Ce que l'art de se plaindre a de plus curieux ; Les soupirs seulsalorsaurontpourmoi descharmes, S'ils font trop peu d'effet, j'aurai recoursaux larmes. Mille sanglots confus feront mon entretien ; Mais j'aurai beau gémir, mon cœur n'en saura rien. Et feignant qu'en la mort j'espère un prompt remè- Je verrai sans douleur qu'un autre les possède, [de,

CLITON

Pour vous voir à toute heure, on ne vous connaît pas.

ORONTE

Un peu de patience et tu me connaîtras : Cependant ce quartier ne m'est pas si funeste. Que je n'y sache encore où jouer de mou reste.

CLITOX.

Et vous pensez trouver qui vous écoutera?

OROXTE.

Oui, Oiton, avec joie, et (|uand il me plaira. Certaine brune hier trouvée aux Tuileries Servit longtemps d'objet à mes galanteries; Nous fîmes connaissance, où je fus assez sot D'offrir un diamant dont on me prit au mot; Et toute la faveur que j'obtins de la belle, Fut d'agréer ma main pour la mener chez elle.

CLITOX.

Et vous entrâtes?

OROXTE.

Non, par certaine raison Je dus me contenter d'avoir su sa maison. Mais aujourd'hui, Cliton, elle attend ma visite, Et me voudra du mal si je ne m'en acquitte.

Viens, suis-moi, ce détour nous cache son logis.

CLITOX.

Avant que d'avancer, encore un mot d'avis. Elle est gaie?

OROXTE.

A ravir.

CLITON

Et s'appelle?

OROXTE.

Lisette.

CLITOX.

Passez votre chemin, votre visite est faite.

OROXTE.

Maraud.

CLITOX.

Passez, vous dis-je, et n'y prétendez rien ; Personne n'a qu'y voir.

ORONTE

Pourquoi?

CLITON

Je le sais bien.

ORONTE

Mais elle m'a promis qu'aujourd'hui...

C'est adresse.

OROXTE.

Tu la connais donc bien ?

CLITOX.

Que trop ; c'est ma maîtresse.

OROXTE.

Elle est vêtue en dame !

CLITON

A mon plus grand regret.

Ses beaux habits, monsieur, mangent mon petit

[l'ait ; Et comme à plus fournir ma bourse est impuissante. D'aujourd'hui seulement elle sert de suivante.

ORONTE

Chez qui?

CLITOX.

C'est dont ce soir je dois être averti. Il est bon cependant que vous preniez parti, Car si tout votre espoir en Lisette se fonde. Soyez sur que pour vous il n'en est plus au monde; Votre cœur est vacant, et par provision Vous le pouvez louer s'il s'offre occasion.

OROXTE.

Malgré le rude coup que ce succès lui porte, Tu le verras bientôt brigué de bonne sorte.

CLITON

Il peut de mille vœux se voir importuné, Mais qui n'en croira rien ne sera pas damné. Ne me vantez plus tant désormais vos adresses, [ses. Ce matin même encor vous comptiez trois maitres- Qu'il semblait que pour vousl'amour poussât à bout. Et voilà qu'un moment a fait rafle de tout.

OROXTE.

Il ne faut pas toujours juger sur l'apparence.

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