‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 206 sur 1518 · SCÈNE III DOROTÉE, LISETTE · texte numérisé non relu

SCÈNE III DOROTÉE, LISETTE

DOROTIJE.

La promenade est belle, et ce lieu fort charmant.

LISETTE

Voici l'heure à peu près qu'on y voitlebeau monde.

DOROTÉE.

Aux rendez-vous publics d'ordinaire il abonde, Et surtout nos galants prennent soin chaque jour D'y venir débiter leur gazette d'amour.

C'est-à-dire, Lisette, autant de menteries.

LISETTE

Donc le bureau d'adresse en est aux Tuileries?

DOROTÉE.

Tu dis vrai, c'est ici qu'on nous en vient conter. Et j'y suis comme un autre à dessein d'écouter. Les hommes sonttrompeurs, mais quoiqu'on puisse

[faire, 11 faut quitter le monde, ou tâcher de leur plaire, Puisqu'enfin la beauté n'est qu'un triste ornement Si de la complaisance elle n'a l'agrément : Les plus charmants attraits qui parent un visage. Sans cette qualité n'ont qu'un appas sauvage. Ce sont trésors cachés qui ne servent de rien. Pour moi, j'ai ma méthode, et je m'en trouve bien. A plaire aux yeux de tous mon esprit s'étudie. Je tâche d'être belle, atiu qu'on me le die; Et fais fort peu d'état de ces dons précieux Dont le farouche éclat ne frappe point les yeux. Ce n'est pas toutefois que je sois si facile, La plainte auprès de moi n'est jamais fort utile, C'est en vain qu'on affecte une fausse langueur, L'amour par les soupirs n'entre point dans mon L'orgueil de notre sexe élevant mon courage, [cœur; D'un air impétueux j'en soutiens l'avantage. Et ne le croyant né que pour donner des lois, A qui porte mes fers j'en fais sentir le poids : Sur ses propres désirs je règne en souveraine, C'est sans abaissement que je flatte sa peine, Et qu'après un long temps que l'on m'a fait sa cour, Un peu d'espoir permis est le prix de l'amour.

LISETTE

Vous vous y gouvernez d'une étrange méthode.

DOROTÉE.

C'est comme il faut aimer pour aimer à la mode : Pour peu qu'on se relâche on expose son cœur Aux superbes mépris d'un insolent vainqueur. L'n amant que l'on flatte, enflé de sa victoire, De ses soumissions perd bientôt la mémoire; Pour en avoir raison il le faut gourmandcr. Et, s'il n'est à la chaîne, on ne le peut garder.

LISETTE

Et dans cette rigueur vous trouvez votre compte?

DOROTÉE.

Je t'avouerai, Lisette, avec un peu de honte... Mais comme un jour t'acquiert mon inclination, Reçois ma confidence avec discrétion.

LISETTE

Si ce jour esttrop peu pourvousmarquermon zèle, Le temps vous fera voir que je vous suis fidèle. Et que votre secret est sûr entre mes mains.

DOROTÉE.

Sache donc qu'aujourd'hui les hommes sont si vains, Que depuisplusd'un mois peut-être, ou davantage, De trois amants à peine ai-je reçu l'hommage, Puisque sur l'un des trois la qualité d'époux, Quoiqu'encore incertaine, attire mon courroux. En faveur de Florame un père m'assassine. J'en estime le bien, et l'esprit, et la mine; Mais parquelques serments qu'il m'engageât sa foi. L'esclave me fait peur qui doit être mon roi. Éraste aussi m'en veut, un galant d'importance. Et propre en un besoin à mourir de constance. Mais si fort hors démode et du temps de jadis. Qu'il le disputerait à tous les Amadis. Il est vrai que depuis, la défaite d'Oronte D'un triomphe si bas efface bien la home.

tISETTE.

Ce cavalier vous sert?

DOROTÉE.

Quoi, sais-tu quel il est?

LISETTE

Je l'entends estimer.

DOROTÉE.

Lisette, qu'il me plaît!

L'air en est noble, aisé, la mine peu commune, Une humeur enjouée et jamais importune.

L'esprit aussi charmant que le port gracieux, S'il parle galamment, il écrit encor mieux, A son propre mérite il doit toute sa gloire. Et connail ce qu'il vaut sans trop s'en faire accroire. Je sens presque pour lui déjà je ne sais quoi ; Et s'il continuait à soupirer pour moi, Encor que de mon cœur la garde me soit chère. Je pourrais me résoudre enfin à m'en défaire : Par là juge, Lisette, où j'en suis aujourd'hui.

LISETTE, montrant tlcn.r billets (qu'elle tient.

L'un de ces deux billets ne vient donc pas de lui. Puisque sans demander seulement à les lire...

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