‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 207 sur 1518 · L'AMOUR A LA MODE, ACTE II. SCÈNE V · texte numérisé non relu

L'AMOUR A LA MODE, ACTE II. SCÈNE V

DOHOTEE.

Donnc-Ies-moi, Lisette, et te prépare à rire, IClanI prèle à sortir quaiifi je les ai reçus, Il m'a suffi pour lors d'eu lire le dessus; Mais quoiqu'Oronle ait part à la galanterie, La pièce, à moji avis, vaut bien que l'on en rie. Sache q\i'Éraste et lui m'ofTrenl ici leurs vœux; Et qu'à la même lettre ils répondent tous deux.

LISETTE

Comment?

DOROTÉE.

C'est de quoi faire un assez plaisant conte. J'écrivais ce matin un billet pour Oronte, El voyant que pour l'autre il semblait fait exprès. J'ai voulu l'obliger sur l'heure à peu de frais, J'ai transcrit le billet, et sans cérémonie. Régalé son amour d'une belle copie :

Son pauvre esprit sans doute y répond de travers; Voici sa lettre, ouvrons. 0 Dieu! Ce sont des vers; j'ignorais qu'il en fit.

LISETTE

Ce sout vers de ménage.

Chacun communément en fait pour son usage.

DOROTÉE.

« Transparente beauté dont le cœur est ouvert... » Le ridicule mot dont ce lourdaud se sert! « Etqui me faites voirjusqu'au fond de votre àme...» C'est fort bien commencera dépeindre sa flamme: Laissons là son billet, et voyons le second. Sans doute en galant homme Oronte me répond ; Et je gagerais bien, avant que d'en rien lire. Que la moindre pensée est digne qu'on l'admire, Son style du premier sera bien différent.

L'autre croyait bien dire avec son transparent.

DOROTÉE lit.

« Transparente beauté...

LISETTE

Le mot est bon, je pense, Puisqu'Oronte lui-même use de transparence.

DOROTÉE.

« Dont le cœur est ouvert... » Que veut dire ceci? C'est le même.

LISETTE

En effet je le croirais ainsi.

DOROTÉE.

N'importe, il faut tout voir, et que je les confronte; Tiens, lis celui d'Éraste, et moi celui d'Oronte.

LISETTE

« Transparente beauté dont le cœur est ouvert. Et qui me faites voirjusqu'au fond de votre àme, Je confesse à ce coup que je suis pris sans verd. Voyant qu'à peine encor vous y logez ma flamme.

« Je la croyais pour elle un palais assuré, Où vous songiez bientôt à la traiter en reine; Carcntin j'ai pour vous souffert, gémi, pleuré, Et ma langueur en est une preuve certaine.

«' Je ne veux pas pourtant supputer avec vous, Ce que vous proposez irait à votre honte. Si pour chaque tourment dont j'ai senti les coups, Il vous fallait tirer une ligne de compte.

« De mes brûlants soupirs vous riez toutefois, [lent, Quoiqu'en foule souvent vous connaissez qu'ils sor- Votre cœur toujours ferme en dédaigne le poids, Mais tout légers qu'ils sont, gardez qu'ils ne l'em- DOROTÉE. [portent. »

La pièce est concertée, il le faut avouer; Mais Oronte lui seul me fait ainsi jouer, Eraste est trop grossier...

LISETTE

Ma pensée est la vôtre.

Enfin son style est-il bien différent de l'autre ?

DOROTÉE.

Sans rien faire paraître, il faut dès aujourd'hui... Mais, dieux ! Voici mon père.

LISETTE

Oronte est avec lui.

DOROTÉE.

Comme il te connaît peu, demeure ici, Lisette, J'épierai de plus loin l'heure de sa retraite. Toi, lorsque tu verras partir notre vieillard, Joins Oronte, et l'arrête en ce lieu de ma part.

LISETTE, abaissant sa coiffe.

Elle me laisse à faire un joli personnage.

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