‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 212 sur 1518 · SCÈNE VIII ORONTE, DOROTÉE, CLITON · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII ORONTE, DOROTÉE, CLITON

ORONTE

Maraud, s'il t'arrive jamais...

CLITON

Mais, monsieur, si Lucie...

ORO.NTE.

Il n'est ni si, ni mais.

CLITON

Que faire donc? Par signe eussiez-vous pu connaî- Qu'elle veut cette nuit vous voir par sa fenêtre; [tre Et si je n'eusse ainsi mis l'alarme au quartier...

ORONTE

Pourquoi n'attendre pas?

CLITON

J'eusse pu l'oublier.

Vous savez que je suis d'assez courte mémoire.

ORONTE

Tais-toi, demeure là.

CLITOiN, regardant Dorotée.

Qui l'eût jamais pu croire?

La gueuse encor l'attend. Pauvre souffre-douleur !

ORONTE, à Dorotée.

D'un zèle trop aveugle excuse la chaleur. Notre alarme était fausse, et je reviens encore Te jurer que je meurs pour toi, que je t'adore, Qu'en vain de Dorotée on m'ose croire épris. Qu'elle n'est à mes yeux qu'un objet de mépris : C'est une beauté fade, et pour moi je confesse Que j'ai peine à la voir sans tomber en faiblesse.

CXITON.

Au diable devant moi le mot qu'elle répond.

Ton obstiné silence à la fin me confond.

Et sans trop de rigueur tu ne peux davantage

Tenir ainsi caché l'éclat de ton visage.

Dussent mes faibles yeux s'en laisser éblouir, Il faut...

(// lève sa coiffe.)

DOROTÉE.

Gardez, monsieur, de vous évanouir.

ORONTE

Quoi, madame, c'est vous?

DOROTÉE.

Qui vous sert de risée.

I CLITON

Que vois-je là ? Lisette est métamorphosée !

ORONTE

Le ciel sait...

DOROTÉE.

Il ne sait que ce qu'il doit savoir.

Et moi, je ne vois rien que ce que j'ai cru voir. Vous me paraissiez tel que vous devez paraître, Je vous reconnais fourbe, et vous le devez être, Votre sexe en naissant en prête le serment.

ORONTE

Je pourrais appeler de votre jugement;

Mais si quelques effets démentent nos paroles.

Nous n'en apprenons l'art qu'à hanter vos écoles.

DOROTÉE.

Si je voulais parler de vos légèretés...

OnONTE.

Peut-être dirions-nous tous deux des vérités : Maisn'écoutez point tant l'ardeur qui vous emporte. Vous savez ce que vaut un homme de ma sorte ; Sans parler de pardon ni de crimes commis. Demeurons quitte à quitte, et vivons bons amis.

DOROTÉE.

Moi, qu'ainsi je m'oublie après un tel outrage!

ORONTE

Vous courez le hasard d'y perdre davantage ; Et refusant l'accord que j'ai su proposer, Vous aurez de la peine après à m'apaiser.

DOROTÉE.

De vrai, je suis d'avis que je vous satisfasse.

ORONTE

Mais je vous offre ici la paix de bonne grâce.

DOROTÉE.

Ce n'est pas sans sujet que je suis en courroux.

ORONTE

Ce n'est pas sans raison que je me plains de vous.

DOROTÉE.

Témoin ce qu'à présent vous venez de me dire.

Témoin ce qu'aujourd'hui vous avez su m'écrire.

DOROTÉE.

Vous pensiez cajoler une autre à mes dépens?

ORONTE

Vous, d'une double lettre avoir le passe-temps?

DOROTÉE.

Ne me reprochez point un simple tour d'adresse Par où de votre amour j'ai connu la faiblesse : Croyant qu'Éraste et vous ne vous déguisiez rien. Pour guérir mes soupçons j'ai trouvé ce moyen, Et la trahison seule, avec trop d'injustice.

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