‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 217 sur 1518 · L'AMOUR A LA MODE, ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

L'AMOUR A LA MODE, ACTE III, SCÈNE II

LUCIE, à sa fruêlre.

Est-ce OroiUe?

ORONTE

Oui, c'eslnioi.

Qui vous reprocherais votre manque de foi, Si je ne vous croyais trop juste et raisonnable Pour perdre un maliieureux s'il n'était pas conpa- LuciE. [ble.

0 route, prenez-vous plaisir à m'alarmer? Moi, je TOUS puis trahir, et ne vous pas aimer!

ORONTE

Ah! ue présumez pas que je m'en ose plaindre ; Ma douleur par respect saura mieux se contraindre. Pour grands que soientlesmauxdontjeresseDsles

[coups, Ils me sont précieux puisqu'ils viennent de vous. Posséder votre cœur m'était un bien insigne. Vous m'en voulez priver, je n'en étais pas digne : Je viens de votre bouche en écouter l'arrêt, Et lui sacrifier mon plus cher intérêt ; Heureux si mon malheur ayant fait tout mon crime, Vous m'ôtez votre amour, sans m'ôter votre estime.

LUCIE

Quelle mertelle atteinte à ce cœur amoureux! Vous parlez de coupable, et puis de malheureux. Ah! ne me tenez point en suspens davantage. De grâce expliquez mieux un si triste langage ; [leur, Et du moins, pour vous plaindre avec quelque cou- Sachons quel est ce crime, ou quel est ce malheur.

ORONTE

Vous souffrez qu'un rival eu secret vous adore. Mon malheur, le voilà, mon crima, je l'ignore. Mais je ne me puis voir sitôt abandonné, Sans m'estimer coupable autant qu'infortuné; En e£fet, je croirais mériter mon supplice. Si je vous soupçonnais de la moindre injustice, De votre changement je n'accuse que moi. Vous ni*avez dû punir, mais je ue sais pourquoi.

LUCIE

La surprise où me jette un reproche semblable...

ORONTE

Ah ! c'est trop différer à perdre un misérable ; Chercher à l'adoucir, c'est redoubler mon mal. Dites qu'où me préfère un plus digne rival. Que c'est par mes défauts qu'éclate son mérite. Que de vos premiers feux votre gloire s'irrite, Qu'afin de m'avertir de votre nouveau choix, Vous me souffrez ici pour la dernière fois; Et que loin de vos yeux, pour plaire à votre envie. Je dois aller traîner ma déplorable vie. Ce coup à mon amour sera rude, il est vrai; Mais dussé-je en mourir, je vous obéirai Avec tant de respect, que ma triste présence Ne vous reprochera jamais votre inconstance. {A CUion.)

Joué-je bien mon rôle'?

CLITON

Admirablement bien, Vous seriez au besoin uu grand comédien.

LUCIE

Ce discours me surprend jusques à me contbndre.

J'en perds la liberté môme de vous répondre,

Et ne vois aucun jour à me justifier.

Lorsque vous vous plaignez sans rien spécifier :

Si j'ose toutefois dire ce que j'en pense.

Votre douleur, Oronte, a beaucoup d'éloquence.

Et je la croirais moins, quoi que vous m'ayez dit.

L'effet d'un cœur atteint, qu'un jeu de votre esprit.

La douleur véritable, encor que violente.

N'a pour son truchement qu'une œillade mourante.

Elle fuit des discours le détour odieux,

El c'est par les soupirs qu'elle s'explique mieux.

Mais enfin, s'il est vrai que je sois une ingrate.

Nommez-moi ce rival pour qui ma flamme éclate.

Et pour ne rien omettre à convaincre ma foi.

Dites ce que ses soins ont obtenu de m.oi.

ORONTE. [âme.

Vous contraindrez longtemps les secrets de votre Si pour les découvrir vous attendez Floraaie; Quoiqu'il montre pour vous beaucoup de passion, Il manquera ce soir à l'assignation, Quelque obstacle imprévu l'empêche de s'y rendre, El c'est ce que demain il viendra vous apprendre.

LUCIE

Il suffit. C'est donc là ce qui vous rend jaloux? A Florame aujourd'hui j'ai donné rendez-vous?

ORONTE

Je l'en ai vu tantôt dans une joie extrême.

LUCIE

Vous le savez de lui, sans doute?

ORONTE

De lui-même.

.Mais, hélas, jusqu'où va votre aveugle rigueur! Vous vouliez devant moi lui donner votre cœur. C'est peu que votre amour comble le sien de joie. Pour mourir do douleur il faut que je le voie.

LUCIE

A vos lâches soupçons n'avoir rien refusé,

C'est mériter fort peu d'être désabusé ;

Et toute autre en ma place, après un tel reproche...

(Bas.) Mais je pense entrevoir un homme qui s'approche, C'est mon frère, sans doute, il faut dissimuler.

(Haut.)

Vous ne pourrez, monsieur, aujourd'hui lui parler. L'heure n'est point réglée, et je ne puis vous dire Dans quel temps de la nuit mon frère se retire ; Tous les soirs il me quille, et ne revient que tard. Adieu.

(Elle ferme la fenêtre.) ORONTE.

Quel contretemps !

CLITON

Il est assez gaillard.

ORONTE

Pour eu trouver la cause, en vain je m'examine.

CLITON

Pour fin que vous soyez, monsieur, ou vous affine.

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