‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 227 sur 1518 · SCÈNE XI ARGANTE, ÉR.\STE · texte numérisé non relu

SCÈNE XI ARGANTE, ÉR.\STE

ARGANTE, ouvrant la parle iju il avait fi'rmée en rentrant.

Éraste.

ÉRASTK, lias.

Je ne sais quel est tout ce mystère, M' avoir ainsi surpris, et me voir sans colère !

AEGANTE.

Je pardonne à l'ardeur qui chez moi vous conduit ; Mais, si vous m'en croyez, ne faites point debruit. De pareils accidents demandent le silence.

ÉRASTE

Ne pensez pas...

ARGANTE

Je sais ce qu'il faut que je pense.

ÉRASTE

Je doute si...

ARGANTE

Non, non, je suis assez discret.

ÉRASTE

Peut-être...

ARGANTC.

De ma part, soyez sur du secret.

Adieu.

ÉRASTE

Mais...

ARGANTE

Il est temps que chacun se relire.

Sortez.

ÉRASTE

Je n'entends rien à ce qu'il me veut dire.

ARGANTE, Seul.

M'en voici dégagé, j'en tremble encor d'effroi, Je les ai découverts bien à propos pour moi. Qu'à présent dans la rue ils chamaillent à l'aise, Ils s'y battront longtemps avant qu'il m'en déplaise, Et si d'autres que moi ne les vont séparer. Ils auront tout loisir de bien s'entre-bourrer.

ORONTE, CLITON

ORONTE

Que tu raisonnes mal ! Quoi donc, tu te figures.

L'AMOUR A LA MODE, ACTE IV, SCÈNE l.

ni.ïTON'.

Mai? j'y perds mon latia et loutes mes mesures, Et pourrais raisonner jiisques au jugement. Que j'y perdrais encortout mon raisonnement.

ORONTE

Confesse que je sais, Ciiton, comme il faut vivre.

CLITON

Vousallezsi licau train qu'on ne saurait vous suivre, Quant à moi, j'y renonce, .\prcs les rudes coups Que vous reçûtes hier à vos deux rendez-vous. Qui n'aurait pas juré que dans votre colère Vous eussiez dû maudire et l'amour et sa mère, Soupirer et gémir tout le long de la nuit. Ne sortir de trois jours, et peut-être de huit. L'esprit chargé d'ennui, le cœur gros d'amertume? Cependant vous voilà plus gai que de coutume; Vous chantez, vous dansez, vous faites l'entendu, Et vous semblez n'avoir ni gagné ni perdu : Votre façon d'agir est bien hétéroclite.

ORONTE

En quoi te surprend-elle? On me quitte et je quitte.

Si l'on montre pour vous quelques légèretés, On ne vous rend, monsieur, que ceque vous prêtez. Et maîtresse, et suivante, et blanche, et brune, et

[blonde.

Vous vous accommodez de tout le mieux du monde, Votre haut appétit en prend à gauche, à droit. Et rien à votre goût n'est trop chaud ni trop froid.

OROXTR.

C'est aimer à peu près comme il faut que l'on aime.

CLITO.V.

Aussi commcnce-t-on à vous aimer de même.

OROXTE.

Je ne m'en fâche point.

CLITON

A vous parler sans fard , Jecrois que votre amour est quelque amour bâtard.

ORONTE

Il est vrai que sur lui je garde assez d'empire.

CLITON

Phis je vous examine, et plus je vous admire. Tantôt l'œil vif et gai vous faites le galant. Tantôt morne et pensif vous faites le dolent, Ici l'air enjoué vous contez des merveilles, Là de soupirs aigus vous percez les oreilles, Je m'y laisse duper moi-même assez souvent. Vous pleurez, vous riez, et tout cela du vent. Quels tours de passe-passe !

ORONTE

Etmon humour t'étonno!

Je n'en connus jamais de si caméléone.

Chaque objet lui fait prendre un jeu tout différent.

ORONTE

C'est ainsi que l'amour jamais ne me surprend; Je le brave, et par là rendant ses ruses vaines. J'en goûte les douceurs sans en sentir les peines.

CLITON

Quoi, donner tout ensemble et reprendre son cœur; C'est amour?

ORONTE

C'est amour, Cliton, et du meilleur.

CLITON

Mais l'amour, n'est-ce pas une ardeur inquiète? Car j'y suis grec depuis que j'en tiens pour Lisette, Un frisson tout de flamme, un accident confus. Qui brouille la cervelle, et rend l'esprit perclus, Une peine qui plaît encor qu'elle incommode?

ORONTE

C'est l'amourdu vieux temps, il n'est plus à la mode.

CLITON

Il n'est plus à la mode?

ORONTE

Il est lourd cl grossier.

Que faut-il faire donc pour le modifier?

ORONTE

Ma conduite aisément te lèvera ce doute. Examine-la bien.

CLITON

Ma foi, je n'y vois goutte.

Si vonsvonlez m'instruire il faut mieux s'expliquer.

ORONTE

Écoute pour cela ce qu'il faut pratiquer. Avoir pour tous objets la même complaisance, Savoir aimer par cœur, et sans que l'on y pense, En conter par coutume, et pour se divertir, Se plaindre d'un grand mal, et n'en point ressentir, En faire adroitement le visage interprèle. N'avertir point son cœur de quoi que l'on promette. D'un mensonge au besoin faire une vérité, Se montrer quelquefois à demi transporté. Parler de passions, de soupirs et de flammes, Et, pour ne risquer rien en pratiquant les femmes, Les adorer en gros toutes confusément.

Et les mésestimer toutes séparément.

Voilà la bonne règle.

CLITON

Holà! quelle éloquence!

Vous savez de l'amour tirer la quintessence : N'importe, pour Lisette avisez, tout ou rien. Songez pour elle-même à lui vouloir du bien. Autrement...

ORONTE

Sans colère, un jour ou deux peut-être Me feront consentir à t'en laisser le maître; Je ne suis pas encor dépourvu tout à fait, Dorotée est fidèle, et j'en suis satisfait.

Mais Éraste caché fait assez voir qu'on l'aïaie?

ORONTE

J'ai su toute l'intrigue.

CLITON

Et de qui?

OROXTE.

De lui-même,

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