LAL'RE
Vous ?
FÉXISE.
Si de cet aveu ton àme est étonnée. Songe depuis huit jours quelle est ma destinée; Et qu'affranchie enfin d'un long bannissement, Dans le palais du duc j'ai cet appartement; Qu'ayant sur ce jardin une secrète vue, C'est de là qu'aisément, sans en être aperçue. J'ai pu, quelque ordre exprès qui m'en ôtàt l'espoir, Et voir ce jeune prince, et suivre mon devoir. Hélas ! par cette vue où me vois-je réduite "? Ma raison en désordre en fut d'abord séduite; Et pour le dissiper, je cherchai dans ma voix Ce charme qu'à mes maux elle offrait autrefois : Mais qu'indiscrètement je rompis le silence ! Le duc en est surpris, il s'approche, il s'avance, Je me perds, je me trouble à le considérer. Interdit et confus, je l'entends soupirer; Et l'un et l'autre atteints de blessures pareilles, S'il m'éblouitles yeux, je touche ses oreilles.
LAUnE.
Sut-il qui vous étiez?
FÉXISE.
Il l'apprit aisémenl.
Et son inquiétude égalant mon tourment.
Dans la pressante ardeur qu'il a de me connaître. Chaque jour en ce lieu je le vois seul paraître. Je chante, et ne pouvant rien obtenir de plus, Il soupire, il se plaint d'un injuste refus. Jamais, s'il l'en faut croire, une si vive flamme Avec tant de respect ne s'empara d'une àme. Ce que lui peint de moi la doueeur de ma voix Par un charme inconnu l'asservit à mes lois; Et le rare tableau qu'en lui-même il s'en trace Ne souffre dans son cœur aucun trait qu'il n'efface.
Un vieil accord à Parme engage en vain sa foi, S'il me voit, s'il me parle, il le rompra pour moi; Et sur quelque prétexte arrêtant la duchesse, Son amour de .Milan me fera la maîtresse.
Il est de certains nœuds dont le secret pouvoir Arrache un cœur à l'autre avant que de se voir; Et cette sympathie a souvent tant de force...
FÉXISE.
0 de mon fol espoir trompeuse et vainc amorce! Après tant de serments dont mon esprit flatté Par trop de confiance enfla ma vanité.
Je crus que me montrant sans mefaireconnaître. Si par l'ordre du ciel sa flamme avait pu naître, Le duc serait contraint de la faire éclater Aussitôt à me voir qu'à m'cnteudre chanter : Ainsi, pour m'assurer du secret de son àme, Ayant adroitement pratiqué quelque dame, La curiosité me servant de couleur.
Je la suivis au bal, hélas! pour mon malheur. Ce fut pour mon orgueil de quoi se satisfaire D'y mériter le nom de la belle étrangère. Chacun m'offrit des vœux, chacun me fit sa cour, Et le duc seul m'y vit sans me parler d'amour; Ce qu'il ouït vanter d'attraits sur mon visage Ne put forcer son cœur au plus léger hommage : Mes yeux, dont les regards en cherchaient les
[moyens.
N'eurent qu'un faible éclat pour arrêter les siens; Et ce fatal essai de son indifférence, Sans finir mon amour, finit mon espérance. Vois par là si mon cœur a droit de soupirer.