SCÈNE II D. FÉLIX, ALONSE
Excuser une ingrate et son manque de foi? Il fallait au vieillard découvrir la pratique. Qui m'ôtant son amour le donne à don Fadrique. De mes prétentions un autre a donc le fruit? Ilrlas!
ALONSE
Mais l'avez-vous reconnu cette nuit?
Car enfin, un esprit atteint comme le vôtre Prend aisément le change, et souvent l'un jiour l'au- D. FÉLIX. [Ire.
Pour le connaître, en vain j'ai fait tout mon effort: Au bruit que nous faisions on prend l'alarme, on La lumière paraît, il recule, et sa fuite [sort. Dérobe enfin sa tête à ma juste poursuite.
ALONSE
Que ne lesuiviez-vous?
D. FÉLIX
C'eût été tout gâter:
Pour l'honneur d'Isabelle il fallait m'arrêter; Et feignant à son père un sujet de querelle, Détourner ses soupçons prêts à tomber sur elle : Mais je mériterais les maux dont je nie plains, Si je ne pénétrais leurs coupables desseins. Alonse, ce billet où tant d'amour éclate. Qu'un valet de sa part portait à mon ingrate, N'en dit-il pas assez pour me faire savoir Que Fadrique a sur elle un absolu pouvoir?
ALONSE
C'est ce qui me confond : il se peut pourtant faire...
D. FÉLIX
Non, non, quand j'ai pressé pour parler à son père.
Lui découvrir ma flamme, et tirer son aveu,
On m'a toujours prié de différer un peu :
La volage cent fois m'a conjuré d'attendre.
Et ce n'était enfin que pour mieux me surprendre ;
C'était pour gagner temps, j'en suis trop éclairci :
Mais que vois-je? Une dame!
ALONSE
Elle s'en vient ici.
D. FÉLIX
0 dieux! Alonse, ô dieux ! Si c'était Isabelle?
ALONSE
Chassez votre chagrin, sans doute que c'est elle.