‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 322 sur 1518 · SCÈNE IV D. LOPE, JACINTE, BLANCHE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV D. LOPE, JACINTE, BLANCHE

JACINTE

Quoi ! don Lope, est-ce vous dont l'abord indiscret D'un amour si caché vient rompre le secret? Entrer ainsi chez moi sans crainte de mon père, Sonl-ce là ces serments d'aimer, et de vous taire? Sont-ce là ces respects? Est-ce là cette foi? Enfin, don Lope, enfin, est-ce vous que je voi?

D. LOPE

Oui, madame; et chez vous si j'ose ainsi paraître. Ne me soupçonnez point d'être parjure, ou traître; Toujours ce grand mérite est l'objet de mes feux. Toujours mêmes respects accompagnent mes vœux; Et s'il m'était permis, lorsque j'ai tout à craindre... JACINTE. [traindre.

Parlez, parlez, don Lope, et sans plus vous con- Aussi bien ces respects sont pour moi superflus; Et qui n'a plus d'honneur ne les mérite plus.

D. LOPE

Je vous entends, madame, et le sort qui m'accable Cherche dans vos malheurs à me rendre coupable.

Un vif ressentiment vous fait déjà penser Que qui sait votre honte aurait dû l'effacer; Et ce n'est pas pour plaire à votre âme affligée. Que m'offrir à vos yeux sans vous avoir vengée. Mais sur un bruit confus qui m'apprend vos en- Jugez ce que j'ai pu, jugez ce que je puis : [nuis. Si ce bruit répandu, si ce confus murmure M'eut appris l'ennemi, comme il a fait l'injure. Son trépas ou le mien vous eût déjà fait voir Que don Lope vous aime, et qu'il sait son devoir; Mais ne pouvant d'ailleurs en tirer de lumière. C'est, madame, de vous quejattendsgràceentière. En acceptant mon bras pour finir vos malheurs. Apprenez-moi quel sang doit essuyer vos pleurs.

JACINTE

Et ne voyez-vous pas qu'en une telle offense Vous feriez peu pour moi d'en prendrela vengeance, Et qu'oser s'y servir d'un secours étranger, C'est en punir l'auteur, et non pas se venger? Ce sang de l'offenseur qu'un tel affront demande, Il faut que l'offensé lui-même le répande; Que le sien tout ému d'un spectacle si doux. En le voyant couler, bouillonne de courroux. Et qu'un tel mouvement dans sa source agitée, Purge l'indignité qu'il aura contractée.

D. LOPE

Mais quandl'âges'oppose...

JACINTE

Ah! cessez d'y songer; Pour venger une injure, il faut la partager; Etl'onvoit raremcntqu'unvieillard qu'on affronte. Sur un autre qu'un fils puisse épargner sa honte.

D. LOPE

Comme un fils la partage, un fils peut l'effacer!

JACINTE

Sans doute qu'il le peut; mais que sert d'y penser? Don Alvar n'étant plus...

D. LOPE

Ah ! permettez, de grâce, Que de ce frère mort j'aille tenir la place. Et que m'offrant pour fils à don Sanche outragé. Je tâche à rendre ainsi son malheur partagé. Il demande du sang, et brûlant d'en répandre. J'en acquerrai le droit si je deviens son gendre. Et le mien par l'hymen dans le sien confondu, Devra celui d'un lâche à son honneur perdu. Voilà ce que pour vous l'amour me porte à faire; Et si jusques ici ma flamme a dû se taire. Je crains peu qu'un refus fasse rougir mon front. Quand je lui veux pour dot demander son affront.

JACINTE

Si de ces sentiments votre âme est prévenue. Apprenez qu'en m'aimantvousm'avezmal connue. Et que je porte un cœur assez fier, assez haut, Pour se dérober même à l'ombre d'un défaut. Je vous aime, il est vrai, maisl'auriez-vous pu croire. Sans croire en même temps que j'aime votre gloire. Et que de son éclat je suis jalouse au point De vivre sans bonheur pour n'en triompher point.

LES ILLUSTRES ENWEMIS, ACTH I, SCÈNE V.

Ne vous flattez donc plus d'une vaine espérance Qui blesse votre honneur, dont ma vertu s'on'cnsc. Si j'eusse hier estimé le bonheur d'être à vous, Je vous dois aujourd'hui refuser pour époux, Kt ne pas m'cxposer à ce reproche infâme, Que le manque d'honneur me rendit votre femme. Non, aucun n'ani-a droit de publier un jour Que don Lope à ce prix acheta mon amour; Que bien qu'elle fut due à sou mérite insigne. Je ne pus être à lui que quand j'en fus indigne, Et qu'enfin il fallut, pour mériter sa foi. Qu'il trouvât quelque chose à su|)pléer en moi.

D. LOPE

Quoi, vous refuseriez un cœur qui vous adore?

JACIXTE.

Quoi, je pourrais souffrir ce qui me déshonore?

D. I.OPE

J'assure votre honneur, et c'est là vous aimer.

JACINTE

Je conserve le vôtre, et c'est vous estimer.

D. I.OPE

Hélas! Que cette estime est contraireàma flamme!

JACINTE

Accusez-en le ciel, sans m'en donner le blâme.

D. LOPE

Que vous secondez bien sa funeste rigueur!

JACINTE

Assez mal, et sans doute aux dépens de mon cœur! Mais ma raison s'égare, et ce cœur trop sincère...

BLANCHE

Madame.

JACINTE

Qu'est-ce, Blanche?

BLANCHE

Alonse et votre père...

JACINTE

Entrons ici, de grâce, et surtout gardez bien Que de cette entrevue on ne soupçonne rien.

D. SAiNCHE, ALONSE.

D. SANCH«.

Quel funeste conseil vous voulez que j'embrasse ! Consentir qu'il me voie et qu'il me satisfasse!

ALONSE

Mais enfin cent raisons vous y doivent porter. Que servirait encor de vous les répéter? Outre que son pouvoir égale sa noblesse...

D. SAXCHE.

Endurer qu'il triomphe ainsi de ma faiblesse?

ALONSE

Je vous l'ai déjà dit, il est au désespoir Que par de faux rapports on l'ait pu décevoir. It'iiiie indigne vengeance il dut prévoir l'issue. Il dut moins s'emporter, mais l'otrense est reçue.

D. SA^'CHE

Et, de grâce, son nom?

ALONSE

Quand vous m'aurez promis D'accepter un accord qui vous doit rendre amis.

D. SANCHE

Quoi, mon lâche ennemi, lors môme qu'il s'accuso, En serait quitte ainsi pour quelque vaine excuse; Et, tant que je vivrai, l'on verrait sur mon front Les traits mal elfacés d'un si sanglant affront?

ALONSE

Donc, s'il pouvait s'offrir une voie assez prompte Par où de votre injure il partageât la boute, Et, qu'attirant sur lui l'affront qu'il vous a fait, De cotte violence il démentît l'effet?

D. SANCHE

Comment la démentir, si loin de s'en défendre...

ALONSE

Ne le pourrait-il pas, se faisant votre gendre? Votre honneur dans le sien alors intéressé, Confondant l'offenseur avecquu l'offensé, L'hymen ayant uni son sang avec le vôtre, La pureté de l'un rendrait l'éclat à l'autre? Puisqu'on ne vit jamais dans un même sujet Subsister d'un affront, et l'auteur, et l'objet.

D. SANCHE

Ah! Si par celle voie un sang impur se change, Il vaut bien mieux choisir un gendre qui me venge.

ALONSE

Ne pouvant le choisir que sous de rudes lois, A moins quede descendre, êtes-vous sur du choix? D'ailleurs cet ennemi que vous voulez connaître, Est d'un rang qu'on respecte et qu'on craindra peu t- Et ce rang dans la cour lui don ne un tel appui, [être; Que peu voudrontpour vous s'engager contre lui.

D. SANCHE

Quoi donc, c'est seulement on lui donnant ma fille Que je puis rétablir l'honneur de ma famille?

ALONSE

V croyez-vous trouver un remède plus doux?

D. SANCHE

Il est mon ennemi, j'en ferais son époux!

Ce remède est pour moi pire que le mal même.

ALONSE

11 le faut violent quand le mal est extrême. Mais enfin résolvez, si je n'obtiens ce point, Son nom est un secret que vous ne saurez point.

D. SANCHE

A quelle indignité me voulez-vous contraindre?

ALONSE

Je sais ce que je fais, cessez de vous en plaindre, Mais ne m'en croyez pas, et d'un esprit remis. Allez sur cet accord consulter vos amis.

D. SANCHE

Je veux que leur aveu réponde à votre attente : .Mais qui m'assurera que ma fille y consente. Que son esprit soumis cède sans résister?

Il)

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