‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 323 sur 1518 · SCENE VI D. SANCHE, ALONSE, JACINTE · texte numérisé non relu

SCENE VI D. SANCHE, ALONSE, JACINTE

JACINTE

Moi-même, puisqu'enfin vous en pouvez doulcr, Si du ciel, en naissant, je reçus quelque outr.ige. Au-dessus de mon sexe il m'enfla le courage; Et ce doit ôtre un charme à mes tristes ennuis De vous venger du moins autant que je le puis.

D. SAXCHE.

Quoi, sans connaître à qui cet hymen te destine?

Ah! Jugez mieux d'une âme où la vertu domine. M'informer de son nom, ce serait balancer Sur ce grand saci'iflce où je dois me forcer. Ce serait à mon cœur, par cette connaissance, Mendier lâchement un peu de complaisance. Et souffrir qu'on doutât, si m'aimant plus que vous. Je satisfais un père, ou choisis un époux. iSon, non, et quel qu'il soif, je n'en suis point enpei- Je ne puis voir en lui que l'objet de ma haine; [ne. Et de tous les tourments le plus affreux pour moi, C'est sans doute celui de recevoir sa foi. Mais vous devant le jour, et le sang qui m'anime, Je dois à votre honneur une grande victime. Et crois ne pouvoir mieux en rétablir le cours, Qu'en lui sacriliant le bonheur de mes jours.

D. SANCHE

C'est trop, et je m'oppose à ce devoir sévère Qui n'arrête tes yeux que sur le front d'un père; Vois ce gouffre de maux où tu veux l'exposer. Soupire en le voyant, et crains de trop oser.

JACINTE

Je vois tout ce que j'ose, et ma vertu se fâche Qu'en moi vous soupçonniez rien de bas ui de lâche. L'ardeur de vous venger remplit trop mes désirs, Pour abaisser mon âme à de honteux soupirs. Si mon sexe aujourd'hui m'avait permis les armes, Vousauriezvudu sangoùvouscraignez les larmes; Maisjeferai du moins tout cequ'il peutsouffrir; Et ne pouvant tuer, je saurai bien mourir.

D. SANCHE

Ta vertu me ravit, viens, viens que je t'embrasse.

JACINTE

Croyez-vous que par là notre honte s'efface? Ne perdez point de temps.

D. SANCHE

Allons voir nos amis, Et sachons quel accord nous peut être permis.

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