D. LOPE, JACINTE, BLANCHE
JACINTE
Prenez ce temps, don Lope, et de peur qu'on me Si son retour trop prompt... [blâme,
D. LOPE
Je le prendrai, madame.
Adieu. Mais prenez garde au serment que je fais. Jevousquitte aujourd'hui pourne vousvoirjamais. Vous engagez ailleurs la foi qui m'est promise, On conspire ma mort, voire aveu l'autorise. J'en viens d'ouïr l'arrêt, et n'ai point éclaté ; Non qu'un reste d'amour m'en ait sollicité. Non que de mon respect je garde la mémoire. Mais parce que j'ai dû cet effort à ma gloire; Et que j'eusse rougi qu'un mouvement jaloux Eût convaincu mon cœur d'avoir brûlé pourvous.
JACINTE
Ah! Nevousplaignez pasoùjesuisseuleàplaindre; L'effort est grand sans doute où j'ai su me con train- Mais je n'ai pas jugé qu'un plus bas sentiment [dre, Méritai d'avoir eu don Lope pour amant; Et comme vos vertus par leur éclat sublime, Pour gagner mon amour s'acquièrent mon estime, C'est par là seulement que j'espère, à mon tour, M'acquérir votre estime, en perdant votre amour.
D. LOPE
Vous l'acquerrez, madame, et vous le devez croire, Si l'infidélité mérite quelque gloire.
Si mes feux aujourd'hui vous semblent inconstaus. Suspendez votre plainte, el laissez faire au temps.
D. LÛl'E.
Le temps n'adoucit point des malheurs de la sorte.
JACINTE
Le temps vous fera voir que votre amour s'emporte, Et qu'enfin quel que soit le dessein qu'on ait fait. Pour eu blâmer la cause, il en faut voir l'effet.
D. LOPE
Hélas ! Et quel effet dois-je attendre du vôtre, Quand de ce qui m'est dû l'on enrichit un autre? Oui, mon rival triomphe, et mon espoir est vain, N'avez-vous pas promis de lui donner la main?
JACINTE
Je le ferai sans doute.
D. LOPE
Et vous serez sa femme!
JACINTE
Moi! celte lâchelé pourrait m'entrer dans l'âme?
D. LOPE. [prends?
Que m'avez-vous donc dit, ou qu'est-ce que jap- , Et comment accorder deux points si différents? j
JACINTE. I
Si pour les accorder vous manquez de lumière, I Connaissez aujourd'hui mon âme tonte entière; ' Et de l'heur d'un rival cessant d'être jaloux, Confessez que mon cœur était digue de vous. L'espoir de mou hymen n'est qu'une attente vainc, ' Sous ce trompeur aveu je le livre à ma haine; Et lui donnant la main, je sème un faux appas, Qui sans aucun soupçon l'attire dans mes bras, Où ma main dans son sang, au gré de mon envie. Venge avec mon honneur le repos de ma \\c. Ètes-vous satisfait?