‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 334 sur 1518 · SCÈNE I I). SANCHE, D. RAMIRE · texte numérisé non relu

SCÈNE I I). SANCHE, D. RAMIRE

D. itAMiuE. [dre,

Enfin, inslrnil du nom que vous brûliez d'appren- D'un ennemi secret vous allez faire un gendre?

D. SANCHE

Au moins suis-je ravi que, contre mon espoir, Vos fidèles conseils m'en donnent le pouvoir.

D. RAMIRK.

Le conseil est fâcheux, etj'ai vu l'assemblée, Sans pouvoir que résoudre, également troublée ; Mais, quoiqu'avec des yeux déjuge rigoureux, Ne regardant en vous qu'un vieillard malheureux, Que la suite de l'âge a mis dans l'inipuissance D'effacer par le sang la honte d'une offense. Voyant d'ailleurs Alonse à se taire obstiné, A moins qu'à cet accord on vous eut condamné, Etvous-mème surtout témoigner de vous rendre...

D. SANCHE

Je n'(Mi usais ainsi que pour mieux le surprendre. Sachant qu'à ne me voir ébranlé qu'à demi, Il m'eût toujours caché quel est mon ennemi. Il me l'a donc nommé devant ma lille même ; Et pour mieux déguiser encorle stratagème. J'ai voulu devant lui ne lui donner qu'un jour A disposer son àme à ce funeste amour. Lui-même il l'en a vue et surprise et confuse ; Mais il est juste enfin que je la désabuse, Et qu'elle sache au moins que mon juste courroux Dans mon lâche ennemi no peut voir son époux.

D. BA.MIRE

Quoi, votre procédé n'était qu'un artifice !

D. SANCHE

J'ai fait ce que sans doute il fallait que je fisse.

D. RAMIHE.

Si toujours la vengeance occupe vos esprits.

Le ciel plus à propos n'eût pu vous rendre un fils ;

Don Alvar est vivant.

D. SANCHE

Quoi, mon fils, don lîamire, Mon fils serait vivant?

D. RAMIRE

Oui, don Alvar respire ; A deux cents pas d'ici je viens de le quitter.

1). SA.NCHE.

Un plus faible rapport m'en laisserait douter.

.Mais qui l'empêche donc à mes yeux de paraître? Est-ce qu'en ma disgrâce il me vent méconnaître? Que mon honneur blessé touche peu son esprit. Ou qu'il ignore encor mou séjour à Madrid?

D. HAMIRE.

Il l'ignore sans doute, et j'allais l'en insti-uire. Quand surpris tout à coup au nom de don Ramire, Sans me laisser parler, se tirant de mes bras, « .\h ! Si l'on me croit mort, on ne s'abuse pas, » M'a-t-il dit ; « et la mer ne m'a laissé la vie, Qu'afin que par l'amour elle me fût ravie ; Il a donné l'arrêt, il faut l'exécuter. ). A ces mots s'échappantsans vouloir m'écouter. Son pas précipité, le détour d'une rue. L'ont su presque aussitôt dérober à ma vue.

D. SANCHE

Quoi, le croyant revoir, il m'est encor ravi ?

D. RAMIRE

Ne VOUS alarmez point, un des miens l'a suivi : Mais l'ayant retrouvé, que lui pourrai-je appren- D. SANCHE. [dre?

Ce malheur doni le bruit a pu sitôt s'épandre.

D. RA.MIRE

Mais ignorant l'auteur...

D. SA>'CHE

Il l'apprendra de moi.

Quand sur un tel secret j'aurai reçu sa foi, Puisqu'enfin pour punir une action si noire. Si j'employais un fils, je trahirais sa gloire. Mon mal veut un remède et violent et prorapt, Et je dois mesurer la vengeance à l'afi'ront.

D. RAMIRE

Ne pouvant avec lui m'expliquer davantage, Il vaut mieux par vousseul qu'il apprenne l'outra- Ainsi, par un billet que je ferai tenir, [ge.

Sur un affront reçu, pressez-le de venir.

D. SANCHE

Hé bien, sans perdre temps, allons chez moi l'é- Ce billet... [crire

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