SCENE IV I
ELVIRE ET CÉLIE, aijiint U-ur coiffe aballiie, D. FÉLIX. ELVIHE.
Je vois bien , don Félix, que votre esprit s'étonne; Et que vous n'aspirez qu'cà vous voir éciairci Du sujet important qui me ronduit ici : Mais prèle à vous ouvrir mon àme tout culière, Oserais-jc d'abord vous faire une prière? Comme d'elle dépend mon espoir le plus doux. Si j'en obtiens l'effet, je tiendrai tout de vous.
D. FÉLIX. [gage;
Vous l'obtiendrez, madame, à quoi qu'elle m'en- Douter d'être obéie, cstme faire un outrage. Parlez donc sans réserve, et me dites en quoi Vous êtes résolue à vous servir de moi.
ELVIRE
Dans un si triste état ma fortune est venue, Que bien que de tout point je vous sois inconnue, Je me vois en effet contrainte à partager Les périls où la vôtre a su vous engager. [dre, Si je crains aujourd'hui, vous seul me faites crain- C'est pour vous que du sort j'ai sujet de me plaindre; Et pour vivre en repos il me faut repousser Les coups dont sa rigueur semble vous menacer.
D. FÉLIX
Celte crainte pourmoiniarqueuneàmefort tendre: Mais dans tout ce discoursje ne puis l'ien compren- Et quoiqucj 'y soupçonne uu sens mystérieux... [drc,
ELVIRE
Puisque vous le voulez, je m'expliquerai mieux. D'une seule action ayant fait deux offenses. Vous vous êtes iKindu l'objet de deux vengeances ; Combattre et terrasser un puissant ennemi. C'est avec beaucoup d'heur ne vaincre qu'à demi : Par là vous pouvez voir quel péril est le vôtre ; L'un défait, il faudra que vous combattiez l'autre, Aulieu qu'un peu d'absence apaisant leurcourroux, M'ôterait tout sujet de rien craindre pour vous. Pourdeux jours seulement abandonnez la ville; Ou si l'éloignemcnt vous est trop difficile. Que vos gens pour le moins, dans ce péril pressant. Fassent courir le bruit que vous êtes absent. Et surtout d'aujourd'hui ne parlez à personne. Pour votre sûreté souffrez que je l'ordonne. Paieriez-vous mon avis d'un injuste refus?
D. FÉLIX
Cet excès de bonté rend mon esprit confus : [dre; Mais, madame, avec vous s'il faut parler sans fein- C'est à tort que pour moi vous trouvez lieu decrain- Que le sort à son gré se montre rigoureux, [dre : Si j'ai des ennemis ils seront généreux.
ELVIRE
Quoi, voulez-vous trahir l'intérêt d'Isabelle? On a su découvrir que vous brûlez pour elle, Et si vous ne fuyez un injuste combat, Uu amour si secret est près de faire éclat.
D. FELIX
Que vous peut importer que cet amour éclate?
ELVIRE
Ah ! ne détruisez point l'espoir dont je me flatte.
D. FÉLIX
Je dois chercher moi-même à combattre un rival.
ELVIRE
Au bonheur de mes jours ce coup serait fatal.
D. FÉLIX
Pour finir la surprise où ce discours m'engage, Donnez-moi le plaisir de voir votre visage; Et ne me cachez plus qui me veut obliger A connaître un rival, et ne me point venger.
ELVIRE
Ce désir curieux ne se peut satisfaire,
Si je n'obtiens de vous la faveur que j'espère.
D. FÉLIX
Mais enfin je voudrais en vain vous le celer, Notre honneur a ses lois qu'on ne peut violer; Et fuir un ennemi, quoiqu'il soit redoutable, Est une lâcheté dont je suis incapable.
ELVIRE
Vous ne deviez donc pas, par de si vains discours, Prolonger en ce lieu le péril que j'y cours : J'ai lieu de craindre tout si l'on m'y peut surpren- D. FÉLIX. [dre.
Madame, alors pour vous j'ai du sang à répandre: Quoi qu'il puisse arriver, n'ayez aucun souci.