LES ILF.USTRES ENNEMIS, ACTE IV, SCÈNE I
D. LOPIÎ.
Non, je sais niioiix :'i (|iioi la gloire me convie. J'aurais tort contre vous fl'oser avec éclat, Quand je vois ((u'on vous cherclie, entreprendre un De peur (lu'ouvous arrête allezcn diligence [combat. Mettre dans ce péril vos jours en assurance. J'ai soin de votre vie, et l'ose conserver; Mais sachez qu'en ciïel c'est me la réserver. Et qu'il n'est point de lieu, quoi que vous puissiez fai- Oùsurvousmon devoir n'aillcvengerun frère, [re;
D. AI.VAn.
Croyez-vous que son sang qu'a répandu mamain. Soit l'efTet criminel d'un injuste dessein ?
n. LOPE. [tre ;
Par soi-même un grand cœur juge toujours d'un au- Mais c'est le sang d'un frère, et je lui dois le vôtre.
D. ALVAR
Me soupçonneriez-vous le courage assez bas Pour n'oser en tous lieux affronter le trépas?
D. LOl'E.
Je vous ai vu comlialtre, et j'avouerai sans feindre. Que je ne puis avoir d'ennemi plus à craindre.
D. ALVAll.
Donc, sans plus balancer, c'est ici que je doi Me montrer tel pour vous que vous êtes pour moi.
D. LOPE
Quepensez-vous résoudre,et quelle est votre envie?
D. ALVAR
De fuir un ennemi qui m'a sauvé la vie.
Et faire voir qu'au moins, si le ciel l'eût permis,
Je pouvais mériter que nous fussions amis.
D. LOPE
C'est cequi ne se peut, après la mort d'un frère.
D. ALVAR
Aussi l'éloignenient est pour moi nécessaire.
Quoi, vous pourriez me fuir?
D. ALVAR
Je fuis avec éclat.
Quand j'évite en fuyant le péril d'être ingrat.
D. LOPE
Vous me verrez pousser ma vengeance à l'extrême : Je vous suivrai partout.
D. ALVAR
Je vous fuirai de même.
D. LOPE
Je saurai vous chercher.
D. ALVAR
Et moi, vous éviter.
D. LOPE
Quoi, je ne iàche ici que de vous irriter. Et je ne puis enfin forcer votre colère D'accepter un combat qui me doit satisfaire?
D. ALVAR
C'estque,songeant àfuir, si vous me poursuivez. Je fais ce que je dois, vous, ce que vous devez.
D. LOPE
Contentez ce devoir qui presse ma vengeance.
Il VOUS porle à combattre, et le mien m'en dispense.
D. LOPE
Vous m'avez olfeusé, je dois vous en jiunir.
D. ALVAR
Vous m'avez obligé, je dois m'en souvenir.
D. LOPE
Nous nous verrons pnurlant.
i). ALVAR.
Jamais.
D. LOPE
Et ma iJoursuitc?
D. ALVAR
Ne m'en mettrai-je pas à couvert par la fuite?
D. LOPE
Peut-être; mais enfin, si nous nous rencontrons. Comment ne pas combattre?
I). ALVAR
Hé bien, nous comhatirons.