SCÈNE I ALONSE, D. LOPE
ALONSE
Je l'avais bien prévu que tant de violence Pourrait enfin du ciel lasser la patience, Et qu'a suivre toujours son seul emportement, Enrique par ses mains creusait son monument ; Toutefois il respire, et son reste de vie Rend de quelque douceur sa disgrâce suivie, Puisqu'il nous laisse lieu d'espérer qu'au besoin Lui-même contre lui servira de témoin.
D. LOPE
Ah ! Sans me déguiser ce qu'on ne peut me taire, Dites qu'on doit rougir d'avouer un tel frère. Et que sa lâcheté, dans ce dernier combat. N'a fait aux yeux de tous qu'un trop honteux éclat.
ALONSE
11 est vrai qu'on le blâme, et qu'un noble courage Du nombre contre un seul dédaigne l'avantage ; Cependant chacun sait, pour ménager ses jours. Qu'il a pu s'abaisser à souffrir du secours. C'estau milieu de trois qui lui prêtaient main-lorle, Que ce jeune inconnu l'a blessé de la sorte; Il est tombé mourant, et de sa fausse mort Tout le peuple amassé me faisait le rapport. Quand lui voyant encor quelque signe de vie, A ne le point quitter l'amitié me convie; On arrête son sang; et revenant à soi, Conime il était tout proche, on le porte chez moi, Où vous-mèmeavez vu dans l'ennui qui m'accable, Quede tout son malheur il se tient seul coupable.