‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 371 sur 1518 · SCÈNE II ISABELLE, FLORE · texte numérisé non relu

SCÈNE II ISABELLE, FLORE

FLORE

Oui, madame, il est vrai que votre solitude En cette occasion me paraît un peu rude. Ma gloire est de vous voir et de vous obéir. Mais je sens ma faiblesse en secret vous trahir, Et songeant au tournoi que tant de pompe ordonne, Pour voler à la cour mon cœur vous abandonne.

ISABKLLE.

La curiosité bornant ta trahison, J'en prendssurmoilecrime,ctjem'en fais raison. Je sais qu'il est fâcheux à celles de notre âge D'abandonnerla cour pour un lieu si sauvage. Et que dans cet exil nous trouvons rarement De quoi nous consoler de son éloignement. Mais si tu connaissais combien un grand courage Des caprices d'autrui fuit l'indigne esclavage. Et dans quel triste sort nous jettent quelquefois D'un frère impérieux les tyranniques lois ; Alors tu concevrais qu'on se résout sans peine A quitter ce qui plaît, quand on fuit ce qui gêne, Et que la solitude a de quoi m'arrèter, Puisqu'elle m'ôte un joug si fâcheux à porter.

FLORE

11 est vrai que l'humeur du prince de Salerne...

Dis que son sens aveugle est ce qui le gouverne. Que d'un droit que le ciel semble avoir limité Son seul emportement règle l'autorité ; Et que par un destin à mes vœux trop contraire. Je rencontre un tyran où je dois voir un frère. Ce n'est pas que cent fois il n'ait avec éclat Signalé sa valeur au secours de l'État; On l'estime, et le roi crut toujours inutile D'opposer d'autres bras aux forces de Sicile : C'est parlui que son sceptre en ses mains affermi. Semble aujourd'hui braver un puissant ennemi ; Mais ce farouche amas d'une vertu guerrière. Bien loin de l'adoucir, rend sou humeur plusfièrc; Et tu sais, pour en fuir le caprice odieux. Qu'enfin j'ai demandé ma retraite en ces lieux. Ici depuis six mois, dans une paix profonde, Je ris des embarras que se fait le grand monde; Et surtout, de ce bois, l'agréable séjour Passe tous les faux biens que l'on vante à la cour.

FLORE

A son trouble inquiétée calme est préférable ; Mais si ma liberté vous semble pardonnable. Madame, j'oserai vous demander pourquoi Vous ne vous trouvez point à ce fameux tournoi ?

(^e superbe appareil dechars, d'habits etd'armes, Méritait de s'y voir honoré de vos charmes ; Et vous deviez forcer votre juste courroux En faveur d'un spectacle assez rare pour nous.

L'indignité soufferte est un puissant obstacle A cette vaine soif des pompes d'un spectacle. Ici je vis sans trouble avecque mes désirs. Je goûte ici partout de solides plaisirs. Et Naples aujourd'hui dans sa magnificence. Cède aux charmes secrets de ce profond silence; Mais enfin je pardonne à ton propre intérêt Qui suit ta passion et non ce qui me plaît ; Et pour la contenter, comme je m'intéresse Auxhonneursqu'aujourd'hui l'onrendàlaprinces- Trois ou quatre desmiens, envoyéstoutexprès, [se, Nous en feront savoir les superbes apprêts : Ce récit pourra plaire à ton inquiétude. Mais qui nous vient troubler dans noire solitude?

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