‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 374 sur 1518 · FÉDÉRIC, ISABELLE, ALFONSE, FLORE · texte numérisé non relu

FÉDÉRIC, ISABELLE, ALFONSE, FLORE

Ton retour me surprend, étant inopiné.

Quoi, le tournoi déjà serait-il terminé ?

ALFONSE

Madame, c'en est fail.

ISABELLU.

Quelle est cette tristesse?

Rodolphe a-l-il trahi l'honneurde la princesse? S'cst-il trahi lui-même; et, souffrant un vainqueur, Dans cette occasion a-t-il manqué de cœur?

ALFO.NSE.

.\u contraire, jamais avec tant d'avantage On ne vit éclater l'ardcurd'un grand courage; Mais...

Pourquoi t'arrèter? Qui te rend interdit? Dis-moi l'ordre de tout, j'en attends le récit.

FÉDÉRIC, bas.

On va parler de moi.

ALFO.NSE.

Déjà tout plein de gloire.

Sur trois rivaux Rodolphe étendait sa victoire. Quand ou voit dans la lice entrer un combattant, Dont le riche équipage et l'habit éclatant Attirant les regards de l'assemblée entière. Nous marque à tous une àme aussi haute que fière. Le prince avec dédain regarde ce rival; Il s'apprête à le vaincre, on donne le signal. Ils partent, et tous deux, pleins de cœur ctd'adrcs- Fournissent leur carrière avec tant de vitesse, [se. Qu'à les voir arrêtés on a peine à juger S'ils ont gardé leur poste, ou s'ils l'ont su changer. L'inconnu s'en émeut, il recule, il s'étonne, Le prince à son grand cœur tout entier s'abandon- II pousse, avance, presse avec tant de vigueur, [ne; Qu'avant qu'il ait vaincu, chacun le croit vain- Son ennemi lui-même aide à cette croyance, [queur; Son cheval est blessé, lui presiiue sans défense, Quand ce lâche destin qui l'avait épargné. Laisse tomber Rodolphe en son sang tout baigné.

0 dieux, mon frère est mort!

FÉDÉRIC

Qu'ai-je entendu? Son frère !

FLORE

Madame...

C'est en vain qu'on me le voudrait taire ; Si de quelque douceur je puis goûter l'appas. Je ne la dois chercher qu'à venger son trépas; Car enfin, il est pris, on sait quel est le traître.

ALFONSE

Pendant un si grand trouble il a su disparaître; Mais son cheval blessé, quoiqu'il l'ait bien servi. Le livrera bientôt à ceux qui l'ont suivi.

Que d'orages subits troublent notre bouace !

(A Fédéric.) 0 vous, dont maintenant je plaignais la disgrâce; Voyez que du destin l'implacable courroux Éclate sur les grands, aussi bien que sur vous.

FLORE

Madame, si jamais...

Ton discours m'importune; Retournons au château pleurer mon infortune.

FÉDÉRIC, seul.

Quel bizarre malheur renverse mes desseins! Fuyant mes ennemis, je me mets en leurs mains.

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