‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 375 sur 1518 · LE GEOLIER DE SOI-MÊME, ACTE I, SCÈNE VL · texte numérisé non relu

LE GEOLIER DE SOI-MÊME, ACTE I, SCÈNE VL

Suivons-la toutefois de peur qu'on me souproune, Mon visage aussi bien n"est connu de personne; Et souvent, c'est l'effet des caprices du sort. Qu'au milieu des écueils on rencontre le port.

SCÈiXE V JODELET, PASCAL.

JODELET, armé des mfmes armes que Fédiric aiail portées au lournoi.

Holà, nymphes, holà. Mes cris ne servent guères, Et j'apostrophe en vain ces nymphes bocagères: Mes holà redoublés leur font doubler le pas.

PASCAL

Pourquoi les appeler; tu ne les connais pas.

JODELET

Qu'importe; puisqu'au nez me rit dame fortune, Je brûle du désir d'en haranguer quelqu'une : « Douzelle aux yeux brillants, » lui dirai-je d'un ton A fendre de pitié le plus dur hoquetou, (i Je viens ici te rendre et la cape et l'épée, Car mon àme d'amour est toute constipée, Tu m'asmis dans les fers, tum'as mis dans les feux, Et, dussé-je enrager, j'en mourrai situ veux ; Mais je te crois d'humeur à tout mettre en usage, Pour empêcher ma mort, de peur que je n'enrage.» Avec mes beaux habits, et ce joli jargon. Crois-tu que la plus belle ose me dire, non'?

PASCAL

C'estbienjaser.Pourpeu qu'à Naplesoii t'arrête, Tu t'y feras connaître aussi bien qu'à Gaëte.

JODELET

Gaëte est mon pays, et chacun m'y connoît...

PASCAL

Pour un extravagant que l'on y montreau doigt.

JODELET

Mon père...

PASCAL

Laissons là ta généalogie.

Ton nom est Jodelel, ton emploi, ta folie.

JODELET

N'y suis-je pas marquis?

PASCAL

On t'y donne en effet Le ridicule nom du marquis Jodelet; Parce que tu fais rire, on te caresse, on t'aime. Pauvre fou !

Parmafoi,tu n'es qu'un fou toi-même, Va, va, j'ai trop d'esprit pour me laisser duper; Je me fis l'autre jour encore horoscoper, Et j'appris que bientôt, si l'effet suit la cause, Le marquisat pour moi sera fort peu de chose.

PASCAL

Si l'effet suit la cause il est à présumer Qu'avant qu'il soit un mois il faudra t'enfermer.

JODELET

Au diable l'ignorant!

PASCAL

Au diable soit la bête, Sais-tu bien qu'aujourd'hui l'on commencela fête?

JODELET

Oui-da, je le sais bien, et j'y prétends jouter.

PASCAL

Reprends donc tes habits pour ne pas t'arrêter, J'ai hâte.

JODELET

Cours devant, pour pareilles affaires.

Un homme tel que moi ne s'incommode guères.

PASCAL

0 l'homme d'importance I

JODELET

On en doit faire état, Puisqu'on me voit déjà narguer le marquisat. Suivant des grands guerriers les traces si vantées, Je suis le chevalier aux armes enchantées.

PASCAL

C'est donc enchantement que d'avoir en ce bois Trouvé cet équipage, et ce riche harnois?

JODELET

Oui,c'esteuchantement, etde plus, tion augure Que je suis menacé d'une grande aventure.

PASCAL

L'aventure sera le destin des fîloux,

Te voyant ces habits, on te rouera de coups.

Remets-les en leur place, autrement je te quitte.

JODELET

Quitte-moi si tu veux, la menace est petite, .\ussi bien à présent que je suis chevalier. Je ne te voudrais plus que pour mon écuyer.

PASCAL

Je parle tout de bou.

JODELET

Je réponds tout de même.

PASCAL

Tu prétends les garder?

JODELET

Encor plus d'un carême.

PASCAL

Adieu donc. J'aime mieux aller seul au tournoi, Que me mettre au hasard qu'on m'étrille avec toi.

JODELET, ieul.

C'est faire sagement. Après tout, il peut être Que cet habit trouvé ne manque point de maître ; Et si quelqu'un venait m'en demander raison, Parler d'enchantement serait peu de saison. Que dirais-je; ma foi, c'est un triste avantage Que d'être bien armé, si l'on n'a du courage. Or sus, examinons un peu les accidents Qui peuvent m'arriver malgré nous et nos dents ; Songeons aux questions que l'on me pourrait faire. Il Votre équipage est beau.» Je lesaisbien, compère. <c II vous sied à ravir. » Je l'ai fait faire exprès.

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